18.07.2017, 00:01  

Accusé de contraintes sexuelles sur son ex, déficiente mentale

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Par jza

JUSTICE - Comparution d’un quinquagénaire devant le Tribunal régional du Littoral et du Val-de-Travers.

Même le procureur était perplexe mardi dernier au tribunal du Littoral et Val-de-Travers, à Neuchâtel. Celui-ci jugeait un homme pour contraintes et actes d’ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de résistance, des faits qui remontent à 2010.

La plaignante, Lucia*, est déficiente psychique. Elle est âgée d’une trentaine d’années, mais son âge mental, lui, est estimé autour de 12 ans. Elle a besoin au quotidien d’un encadrement et a des moments d’absence où...

Même le procureur était perplexe mardi dernier au tribunal du Littoral et Val-de-Travers, à Neuchâtel. Celui-ci jugeait un homme pour contraintes et actes d’ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de résistance, des faits qui remontent à 2010.

La plaignante, Lucia*, est déficiente psychique. Elle est âgée d’une trentaine d’années, mais son âge mental, lui, est estimé autour de 12 ans. Elle a besoin au quotidien d’un encadrement et a des moments d’absence où elle explique être «dans son monde». Ces moments d’absence se traduisent lors de l’audience par une mémoire relative: elle peine à se rappeler clairement des faits, ou semble avoir du mal à les relater. «Je suis un peu coincée, mais c’est dans ma tête» se justifiera-t-elle. De l’autre côté du paravent, Jean, 56 ans, est rentier AI.

L’histoire tourne mal

A l’époque, Jean et Lucia sortent ensemble, ils se voient dans des lieux publics, font des sorties en moto, des balades,… Toujours en respectant les horaires de Lucia, qui a un couvre-feu à 22 heures.

Elle se dit «parfois amoureuse, parfois non» du prévenu. Avec du recul, elle a eu le sentiment de rester pour lui faire plaisir. Les éducateurs, au courant de la relation, n’ont pas émis d’opposition ou de crainte quant à l’idylle des deux adultes. Pourtant, ces derniers sont aujourd’hui devant la juge Jeanprêtre car leur histoire d’amour a mal tourné. Vers la fin de leur relation, le prévenu aurait contraint la plaignante à avoir des relations sexuelles. Il l’aurait aussi caressée sur la poitrine alors qu’elle était dans un demi-sommeil et incapable de résistance.

Des faits contestés par le prévenu, qui maintient que Lucia était toujours consentante «et même très demandeuse» lors des relations sexuelles qu’ils avaient. Lui, l’aurait finalement quittée après des échos rapportant une tromperie, chose démentie par l’intéressée.

Le procureur, Daniel Hirsch fait alors remarquer au prévenu que son dossier ne le présente «pas vraiment comme un modèle de fidélité». Jean demande alors ce qu’est un modèle de fidélité, ce qui fait sourire le procureur.

Une sexualité particulière

Sept ans se sont écoulés depuis les actes reprochés au prévenu. En cause, d’autres démêlés avec la justice. L’avocat de la partie plaignante, Jerôme Saint-Phor ne s’est d’ailleurs pas gardé de viser le passé et le comportement sexuel de Jean, rappelant au passage plusieurs plaintes à son encontre, classées depuis. Il rapporte aussi les propos des proches du prévenu, choqués de l’entendre parler de Lucia comme «sa chose» et il mentionne les séquences vidéos saisies par la police chez le prévenu, faisant état de pratiques sexuelles particulières voire déviantes avec d’autres femmes.

«Mais qui sommes-nous pour juger, tant que ces pratiques ne dérogent pas au cadre légal?», rétorque l’avocat de la défense, David Freymond, et d’asséner: «Ce dossier est finalement un problème d’éthique, n’est-ce pas? La vraie question c’est pourquoi une personne dite ‘normale’ aurait une relation avec une personne handicapée mentale.»

Quatorze mois requis

Se rendait-il vraiment compte du degré de difficulté à s’exprimer de Lucia? C’est la question qui reste en suspens, aux yeux de la juge Corinne Jeanprêtre.

Face à tout cela, le procureur ne cache pas son désemparement. «Je n’arrive pas à une certitude» déclare-t-il. A la vue des faits, il requiert tout de même 14 mois de privation de liberté avec sursis. Il s’en remet maintenant aux juges. Une tâche difficile les attend désormais. Ils ont jusqu’au 26 septembre pour décider du sort de Jean, date à laquelle sera rendu le jugement. jza

*Prénoms d’emprunts


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