17.03.2017, 00:01  

Une belle amitié de vingt-cinq ans

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Pierre-Henri Ducommun fait ses adieux à l’Ensemble instrumental neuchâtelois.

 17.03.2017, 00:01   Une belle amitié de vingt-cinq ans

Ce week-end, les concerts de l’Ensemble instrumental neuchâtelois (EIN) n’auront pas tout à fait le même goût que les autres. En raison du programme, à chaque fois renouvelé. Mais aussi, et surtout, en raison du départ du chef, Pierre-Henri Ducommun, qui a choisi de ranger sa baguette après 25 ans de bons et loyaux services.

«Etre chef d’orchestre, c’est un...

Ce week-end, les concerts de l’Ensemble instrumental neuchâtelois (EIN) n’auront pas tout à fait le même goût que les autres. En raison du programme, à chaque fois renouvelé. Mais aussi, et surtout, en raison du départ du chef, Pierre-Henri Ducommun, qui a choisi de ranger sa baguette après 25 ans de bons et loyaux services.

«Etre chef d’orchestre, c’est un peu faire de la musique par procuration. Or je suis également violoniste, et j’ai envie de jouer davantage», commente l’intéressé, qui aime s’adonner à la musique balkanique au côté de l’accordéoniste Sylvie Holden. Histoire de s’accorder un peu de temps pour composer aussi, le chef lâchera en outre le pupitre de l’Orchestre de chambre de La Chaux-de-Fonds. Après 40 ans!

«C’est un homme fidèle et sérieux!», s’amuse Maja Wuerth, violoncelliste dans les rangs de l’EIN. La tâche s’est avérée assez lourde, mais ce professionnel n’a jamais boudé son plaisir à diriger ses deux ensembles. «Cela fait partie de ma formation de chef d’orchestre. Au départ, je me suis peut-être dit que diriger serait moins fatigant que jouer du violon. Et je me suis trompé!», lâche-t-il dans une cascade de rires.

Un violon dans le grenier

Né à Couvet, Pierre-Henri Ducommun a empoigné son premier instrument à 6 ou 7 ans. «Le violon, ce n’était pas vraiment mon choix. Mais il se trouve que mon oncle, directeur de la fanfare des Ponts-de-Martel, en avait un dans son grenier!» Le musicien en herbe prend ses premières leçons avec un professeur itinérant, puis il entre au Conservatoire de La Chaux-de-Fonds. «On y faisait venir des superviseurs de Lausanne. C’est ainsi que j’ai rencontré Igor Markevitch, avec qui j’ai pris des cours à Monte-Carlo, retrace le chef.

Mis sur les rails de la musique classique, Pierre-Henri Ducommun s’est attaché à en défendre le répertoire pendant 40 ans. «Et avec ces deux orchestres, j’ai l’impression d’avoir fait un parcours intéressant». Rangées dans sa bibliothèque, trois hautes piles de partitions reflètent sa volonté d’aller vers des choses nouvelles, tout en écumant au maximum le répertoire qu’il est possible d’aborder avec des musiciens amateurs. «Le romantisme et le post-romantisme sont nos terrains de prédilection, mais nous avons touché à toutes les périodes».

Violoncelliste et présidente de l’EIN, Marie-Claude Renaud confirme: «Il nous a poussés à jouer des œuvres du 20e siècle; nous avons, par exemple, découvert Alfred Schweizer, un compositeur biennois.» Et Pierre-Henri Ducommun n’a pas eu besoin d’user du fouet pour convaincre! Au siècle dernier, glisse-t-il, les chefs d’orchestre professionnels savaient se montrer tyranniques. Lui affiche un tout autre caractère, assure qu’il n’a pas du tout le goût du pouvoir: «Pour moi, il est beaucoup plus important de faire un travail de collaboration avec les gens, d’acquérir leur confiance pour les emmener le plus loin possible.»

Ces dames acquiescent. Maja Wuerth met en avant son esprit d’ouverture, Marie-Claude Renaud loue son infinie patience, sa capacité à redire les choses sans jamais s’énerver. «Avec une bonne dose d’humour aussi», rebondit la violoniste Rose-Annette Niklaus. «Dans un orchestre d’amateurs, la notion de plaisir est importante. Mais en même temps, il faut se lancer des petits défis. Au fil des ans, je pense que nous avons progressé, et que la psychologie du chef n’est pas négligeable en la matière.»

Quels moments marquants ont-ils ponctué ce voyage au long cours? Les huit représentations de «La belle Hélène» à Colombier, au sein de l’Avant-Scène opéra, font l’unanimité. De même que le concert donné à Winterthour avec l’Orchestre de chambre de La Chaux-de-Fonds et Simon Peguiron, autour du 2e Concerto pour piano de Rachmaninov. Et puis, et encore?

Les souvenirs se bousculent, on mentionne un concert avec un cor des Alpes, un autre au côté de Bernard Richter, ténor, et Jessica Comeau, soprano. Marie-Claude Renaud et son chef se délectent à raconter un après-concert à Saint-Aubin; Alexandre Dubach avait emporté son Stradivarius avec lui, et ça le démangeait de jouer. Il nous a gratifiés de tous les ‘Caprices’ de Paganini!» Rose-Annette Niklaus le relève, l’EIN a toujours noué de très bons contacts avec les solistes invités: «Ils ne nous ont jamais regardés de haut.»

Prochains concerts au temple de Saint-Aubin, demain à 20h; au temple du Bas à Neuchâtel, dimanche 19 mars à 17 heures.

Vive les agapes!

Charles-André Huguenin a fondé l’Ensemble instrumental neuchâtelois en 1979, pour accompagner le chœur de Saint-Aubin. Au fil des ans, les rangs se sont étoffés, percussion et vents ont complété ce qui, à la base, n’était qu’un petit ensemble de cordes. Fort, aujourd’hui, de 43 musiciens, l’EIN perpétue la tradition: en plus de son concert annuel agendé au printemps, il rejoint, chaque automne, le Chœur mixte de la Béroche pour présenter des œuvres d’inspiration spirituelle sous la direction de Charles-Philippe Huguenin.

«Les chœurs peinent à recruter des jeunes; ce n’est plus dans les mentalités de s’engager, d’aller répéter toutes les semaines. Les jeunes chœurs fonctionnent surtout autour de projets ponctuels», constate la violoncelliste Maja Wuerth. Depuis quelques années, du sang neuf circule dans les veines de l’EIN, se réjouissent les dames du comité. «Nous, nous avons réussi à maintenir cette culture de l’engagement; nous nous voyons régulièrement, nous avons construit ensemble une identité.» Corollaire, de forts liens d’amitié se sont tissés entre les musiciens – sans oublier le chef! –, qui, des moins de 20 ans aux plus de 60 ans, font fi du fossé entre les générations. «Une fois par mois, nous partageons une agape après les répétitions, c’est un moment très convivial.» Le plaisir reste bel et bien le moteur des amateurs!

la dernière touche

«J’aime les programmes contrastés, et là, on est servi!». Comme à son habitude, Pierre Henri Ducommun a cherché à élaborer l’affiche de ses derniers concerts en fonction du soliste invité, le violoncelliste Sébastien Singer en l’occurrence. Pour envelopper le noyau romantique de ce programme, le Concerto No1 de Saint-Saëns, le chef s’est mis en quête d’une symphonie et d’une ouverture, comme il est de coutume dans un concert traditionnel. Le choix s’est porté sur la 3e Symphonie de Schubert et sur l’ouverture des «Joyeuses commères de Windsor» de Nicolaï. L’ouverture de «La force du destin» de Verdi, elle, s’est imposée pour des questions d’orchestration, même si «ce n’est pas de la tarte aux pommes!». Interprétée par le soliste, une pièce de Max Bruch, «Kol Nidrei», complétera la soirée.


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