09.08.2017, 18:40  

Une équipe neuchâteloise de cécifoot rêve des Jeux paralympiques

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Pedro Nhama, le nouveau de l’équipe, essaie de feinter Jason, le guide de l’équipe de suisse de cécifoot.

 09.08.2017, 18:40   Une équipe neuchâteloise de cécifoot rêve des Jeux paralympiques

Handisport - Rencontre avec la seule équipe de cécifoot de Suisse. Basée à Neuchâtel, elle rêve déjà de représenter le pays aux prochains Jeux paralympiques.

«Allez la journaliste, c’est à ton tour.» Du milieu de terrain, je m’élance en fermant les yeux et en tentant de courir, en direction du but sans perdre le ballon du pied. «Six mètres», me crie une voix devant moi. «Quatre mètres! Faut tirer là!» Dès que j’éloigne mon pied du ballon, je perds tous mes repères. Je tente un shoot en direction de la voix.

J’ouvre les yeux. Mon tir est passé à trois mètres de la cage. «Pas...

«Allez la journaliste, c’est à ton tour.» Du milieu de terrain, je m’élance en fermant les yeux et en tentant de courir, en direction du but sans perdre le ballon du pied. «Six mètres», me crie une voix devant moi. «Quatre mètres! Faut tirer là!» Dès que j’éloigne mon pied du ballon, je perds tous mes repères. Je tente un shoot en direction de la voix.

J’ouvre les yeux. Mon tir est passé à trois mètres de la cage. «Pas facile hein?», sourit Mathieu Chapuis depuis le but. C’est déjà difficile de marquer les yeux ouverts, alors dans le noir, mission impossible. Pourtant les joueurs autour de moi sortent des grosses frappes et le bandeau sur leurs yeux ne semble pas les déranger. Bienvenue dans le monde du cécifoot!

Un entraînement bruyant

Six hommes, venant de toute la Suisse romande, étaient présents lundi soir sur le terrain des Charmettes, à Neuchâtel. «On a un potentiel de dix joueurs», explique Mathieu Chapuis, entraîneur de l’équipe, tout en gardant un œil sur l’exercice qu’il vient de lancer. Les joueurs courent chacun avec une balle bruyante aux pieds.

Des grelots sont intégrés à l’intérieur du ballon pour que les joueurs puissent le repérer. «Durant les matches, c’est un peu comme au tennis. Le public ne fait pas de bruit, sauf quand il y a un goal.» Son regard se tourne vers la place de jeu située à côté du terrain. «On a dû expliquer la situation aux enfants qui viennent s’amuser pendant l’entraînement pour qu’ils fassent moins de bruit.»

Les «Voï! Ouais! Voï!» rythment l’entraînement. «La clé, c’est la communication. Il y a un code de langage pour que les joueurs puissent s’identifier, demander la balle et se localiser», précise l’entraîneur.

Deuxième phase de l’entraînement. Les joueurs doivent se faire des passes de loin. Un exercice qui leur demande une grande concentration, puisque quatre ballons circulent en même temps sur le terrain. La difficulté est alors de repérer lequel arrive sur eux et de réussir à l’intercepter. Ils arrivent à faire des passes en anticipant le déplacement de leur coéquipier, uniquement à l’oreille. «Mais on ne peut pas faire des transversales à la Toni Kroos», rigole le coach.

Du foot sans hors-jeu ni coup franc

Hormis le ballon à clochettes, il existe d’autres différences avec le football traditionnel. Il n’y a ni hors-jeu, ni coup franc, ni sortie de jeu. Le ballon est presque constamment en mouvement sinon les joueurs ne peuvent plus le repérer.

Les équipes ne comptent que cinq joueurs avec le gardien qui, lui, est voyant. «Le portier ne peut pas faire des sorties à la Neuer. Il reste sur sa ligne», explique Mathieu Chapuis.

Depuis la cage, il dirige la défense et deux autres aides sont présents au bord du terrain: un coach qui s’occupe du centre depuis le banc et un guide positionné derrière le goal adverse et qui gère les attaquants.

Une session de tirs au but conclut l’entraînement. Mais comme toutes équipes sportives qui se respectent, les joueurs se retrouveront autour d’un verre à la gare. Pour eux, ça sera une tournée de chaï latte. 

 

Une jeune équipe qui rêve des jeux de Tokyo

L’équipe a été fondée en 2015 par Mathieu Chapuis. «Je suis journaliste sportif et, comme mon magazine avait une rubrique handisport, j’ai commencé à m’y intéresser.» En étant la seule équipe en Suisse, ils peuvent s’autoproclamer «équipe nationale». Leur rêve est maintenant de représenter le pays aux Paralympiques de 2020.

En septembre, l’équipe se déplacera à Toulouse pour son premier match, avant son entrée dans le championnat franco-belge en novembre. En prévision des trajets qui l’attendent, il lui faut des financements. «On est en discussion avec Xamax pour pouvoir intégrer le club. C’est à 90% fait», déclare Mathieu Chapuis.

Afin d’acquérir une structure gonflable délimitant le terrain et la forme des goals, une campagne de financement participatif a été lancée. Cette structure est nécessaire pour la sécurité des joueurs et pour que le ballon puisse rebondir en restant en mouvement. Plus d’informations sur le site internet de l'association

 

Les joueurs croient en leur chance

Pour Mathieu Chapuis, deux choses sont importantes pour l’équipe: le plaisir et l’esprit de compétition très présents chez la plupart des joueurs. Simple à vérifier. Quand on demande à Christophe Rollinet, le capitaine, s’il pense que l’équipe a le niveau pour défier d’autres équipes, il répond tout simplement: «Même pas peur!» Le Cristiano Ronaldo de l’équipe, numéro 7 et mêmes initiales, a joué jusqu’en 3e ligue vaudoise avant que sa vue ne baisse trop pour continuer. Il croit, comme son entraîneur, aux capacités de ses coéquipiers et pense déjà à affronter l’équipe de France.

Dans l’équipe, on retrouve aussi un sportif handisport d’élite. Hugo Thomas a fini 3e des championnats du monde de ski en 2013, en Super-G. Il était même dans les favoris de la descente des Jeux paralympiques de Sotchi en 2014. Aussi champion du monde de torball, un sport de balle pour malvoyants encore méconnu, il a rejoint l’association de cécifoot récemment, en quête d’un nouveau défi.

Quentin Cosendey, le troisième de la bande, était l’un des premiers à rejoindre l’équipe en 2015. Lui, le geek, n’avait pourtant jamais fait de sport auparavant. Il a suivi Mathieu Chapuis, un ami de lycée, lorsqu’il a lancé ce projet. Pareille idée n’avait été tentée qu’une seule fois en Suisse. C’était dans les années 1980.

Le dernier joueur, c’est Pedro Nhama, le bleu. Impossible de passer à côté de ce danseur et producteur de musique pendant l’entraînement. C’est le tchatcheur de l’équipe qui tente des dribbles à la Maradona.

«On est avant tout un groupe de potes qui se retrouvent pour jouer au football. Mais on a de grands projets», conclut Mathieu Chapuis qui pense aussi a des initiations pour voyants pour faire mieux connaître ce sport. 


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