17.06.2017, 00:01  

Halle aux taureaux clouée au pilori

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La halle d’engraissement de taureaux, entre Coffrane et Montmollin, sera la plus grande de Suisse.

 17.06.2017, 00:01   Halle aux taureaux clouée au pilori

AGRO-INDUSTRIE - Une table ronde s’est tenue jeudi sur l’avenir de l’alimentation.

«L’agro-industrie débarque en Suisse. Un mal nécessaire?» Tel était le thème de la table ronde qui s’est tenue jeudi soir à la Croisée, à Malvilliers. Mis sur pied par le groupement des Citoyens pour une agriculture respectueuse du vivant (Carvi), le débat n’était pas censé se focaliser sur la halle d’engraissement de taureaux, qui se construit actuellement entre...

«L’agro-industrie débarque en Suisse. Un mal nécessaire?» Tel était le thème de la table ronde qui s’est tenue jeudi soir à la Croisée, à Malvilliers. Mis sur pied par le groupement des Citoyens pour une agriculture respectueuse du vivant (Carvi), le débat n’était pas censé se focaliser sur la halle d’engraissement de taureaux, qui se construit actuellement entre Coffrane et Montmollin. Pourtant, pour le public, agriculteurs et habitants du coin, difficile de ne pas mettre sur la table un projet qui soulève tant de controverses.

Près de cinquante personnes avaient répondu présent. Preuve que la construction de celle qui sera la plus grande halle d’engraissement de Suisse suscite pléthore d’inquiétudes, ou pour le moins des interrogations. Qualité de la viande, respect des animaux, impact sur le paysage, le sol, l’air et les eaux... Autant de questions présentées par plusieurs intervenants, spécialistes ou représentants des autorités.

Egalement convié, le chef du Département du développement territorial et de l’environnement, Laurent Favre, s’était fait excuser. Il avait délégué à cette soirée le chef du Service de l’agriculture, Pierre-Ivan Guyot, qui a eu du fil à retordre face à un public entièrement opposé à la halle au Val-de-Ruz. Seul contre tous, il s’est efforcé de défendre un projet validé par l’Etat, peut-être disproportionné aux yeux de certains, mais qui répond aux normes.

Du côté de l’organisateur de la table ronde et membre du Carvi, Rémy Wenger, la volonté n’était pas de mettre sur pied «un débat contradictoire», mais de «planter une graine». Il aurait toutefois été intéressant d’avoir le point de vue du principal intéressé, Stéphane Jeanneret, initiateur de la halle d’engraissement. A-t-il été invité au débat? Apparemment non. «Mais il était au courant de la table ronde», note l’organisateur.

Projet aux normes

«La volonté du Conseil d’Etat est d’avoir une agriculture durable, respectueuse de la nature», lance en préambule Pierre-Ivan Guyot. Mais si un projet respecte les normes en vigueur, le canton se doit de faire appliquer les lois. «Même si cette halle propose un élevage intensif?», demande un membre du public. Le chef du Service de l’agriculture a indiqué que ce dossier a été examiné longuement. Et de souligner que les autorités cantonales ne peuvent «pas faire autrement. Si on dit non, on se retrouve avec un juriste sur le dos».

Autrement dit, la construction de cette méga-halle était inéluctable. Pierre-Ivan Guyot a tout de même fait remarquer qu’un tel projet devrait rester «une exception» dans le canton de Neuchâtel. Jusqu’à quand? Pour beaucoup, la crainte est que l’arrivée d’«une méga-ferme devienne la norme», observe Gilbert Hirschy, éleveur de vaches mères bio aux Brenets.

Label qui interpelle

Président de la commission d’agriculture et d’alimentation de la Fédération romande des consommateurs (FRC) et ancien chimiste cantonal, Marc Treboux a mis en exergue l’impossibilité pour les consommateurs, lorsqu’ils achètent de la viande dans les grandes surfaces, de savoir où sont élevés les animaux. «Tant que je ne pourrai pas faire ce choix, je serai contre ce genre de projet.»

Outre un étiquetage problématique, Marc Treboux a mis le doigt sur les labels des grandes surfaces, à l’instar de Natura Farm, qui laissent entendre que les produits possèdent une valeur ajoutée. «Ce n’est pas vrai. Ça signifie juste que les normes minimales sont respectées pour que les agriculteurs obtiennent des paiements directs.»

Energie fossile

Autre aspect qui génère des questionnements au sein de la population, les odeurs dues au lisier ou encore la fréquence des transports. Gilbert Hirschy livre l’exemple d’une autre méga-exploitation au Val-de-Travers, qui a également créé la polémique. «Avec cette expérience, je m’étonne qu’on reproduise la même chose.» Pour lui, ce type de halle «va surtout se baser sur l’énergie fossile».

Viande de qualité

Selon Marc Treboux, l’élevage industriel impose l’usage d’antibiotiques. «C’est un gros problème de santé publique.» Et d’insister que «l’avenir de la production suisse est de niche avec de la viande de qualité», associant production «bio et locale. Le consommateur a les moyens».

Pour conclure, le médiateur de la table ronde et conseiller agricole Josy Taramarcaz a conseillé au public de commencer par «voter dans les magasins».

Greenpeace s’invite à festi’neuch

Pendant que la table ronde battait son plein jeudi soir à Malvilliers, à Festi’neuch, des partisans de Greenpeace brandissaient leur banderole: «Protégez le climat: mangez moins de viande.» La section neuchâteloise de l’organisation de protection de l’environnement a profité de la saison des grillades pour se poster à l’entrée du festival et sensibiliser la population à réduire sa consommation de viande. Des flyers ont également été distribués. Cette action était menée en parallèle du débat organisé par le collectif citoyen «Non à la halle d’engraissement de Coffrane».

En revanche, Greenpeace Neuchâtel n’a pas récolté de signatures pour une pétition contre la viande, contrairement à ce qui a été publié par erreur dans notre édition d’hier.


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