14.03.2017, 00:01  

Permis de construire sur un site pollué

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Les travaux de construction de la halle aux taureaux, au lieu-dit Rive, entre Coffrane et Montmollin, ont commencé fin février.

VAL-DE-RUZ - Canton, commune et Confédération ont donné leur feu vert à la halle d’engraissement de taureaux prévue sur une ancienne décharge. Un assainissement pourrait quand même se faire.

Agriculture intensive, protection animale, importation de soja d’Amérique du sud... Autant d’arguments avancés depuis 2014 pour contrer le projet d’une halle d’engraissement de taureaux, prévue au lieu-dit Rive, entre Coffrane et Montmollin. Comme une tentative de la dernière chance, une quinzaine d’habitants de Coffrane a interpellé la conseillère fédérale Doris Leuthard, en décembre, lui signalant que la ferme sera bâtie sur une ancienne décharge. Un appel resté vain, puisque la Confédération a donné son feu vert.

Les travaux de la halle vont bon train depuis fin février. Une nouvelle qui réjouit l’éleveur vaudruzien Stéphane Jeanneret, qui accueillera quelque 720 taureaux dès le printemps 2018. Par ailleurs, le fait que sa ferme soit construite sur un site pollué «à surveiller», ne l’inquiète pas plus que ça. Son projet ayant reçu les autorisations nécessaires du canton et de la commune de Val-de-Ruz.

Incompréhension

Pour les citoyens opposés à la halle, l’incompréhension est de mise. Comment imaginer l’implantation d’une exploitation sur un site pollué? De plus, ils estiment que cette construction pourrait entraver un potentiel assainissement.

Chef de la section coordinations et déchets au Service cantonal de l’énergie et de l’environnement, Edgar Stutz explique que les décharges et les sites pollués du canton font l’objet d’investigations, à l’instar de l’ancienne décharge de Rive. Une surveillance des eaux souterraines a été mise en place (lire ci-contre). «Des campagnes d’analyses périodiques sont menées, deux à trois fois par an, qui ont pour but d’observer l’évolution des polluants s’écoulant dans la nappe à l’aval de la décharge, par des prélèvements d’eau.» Et d’ajouter que les analyses s’effectuent en périphérie, hors des limites de la décharge. «La construction de la halle ne constitue donc pas un obstacle.»

La surveillance du site devrait durer encore deux à trois ans. Pour l’heure, «rien n’indique qu’un assainissement soit nécessaire». Au terme de cette période de surveillance, le dossier pourrait être classé.

Méthodes in situ

S’il s’avère qu’un assainissement est nécessaire, il pourra se faire même une fois la construction de la halle achevée. Différentes méthodes peuvent alors être envisagées. Le plus souvent, «des méthodes in situ» sont réalisées permettant d’éviter l’excavation des zones polluées. «Nous intervenons par le biais de traitement sous la surface du terrain, par pompage et traitement des eaux. Cela peut aussi se faire par injection d’air pour stimuler les processus de dégradation et d’extraction de gaz, ou encore par une combinaison de ces approches-là», observe Edgar Stutz. Il assure que cette méthode est effectuée régulièrement. «Bien sûr, c’est plus simple si le terrain est dégagé, mais cette méthode in situ est maîtrisée depuis plusieurs années.»

Selon le chef de la section coordinations et déchets, peu de sites sont assainis dans le canton de Neuchâtel. D’une part, l’Etat «avance à son rythme». D’autre part, «il n’y a pas de cas critiques». Il donne l’exemple d’un assainissement effectué sans excaver. «Il y a une dizaine d’années, l’entreprise Cisa à La Chaux-de-Fonds avait été assainie avec une méthode in situ.» Un procédé qui avait d’ailleurs permis de réduire les coûts de manière importante.

quelques événements clés

décharge L’ancienne décharge, au lieu-dit Rive, est exploitée de 1970 à 1998. Elle est classée en 2014 par le Service de l’énergie et de l’environnement du canton comme un site nécessitant une surveillance. Des dépassements des valeurs légales pour le chlorure de méthylène, les nitrites et l’ammonium sont relevés.

recours et oppositions A l’annonce du projet en 2014, 47 oppositions d’habitants du village sont lancées. En février 2016, le canton et la commune de Val-de-Ruz donnent leur feu vert. Encore 17 habitants vont recourir au Conseil d’Etat. En vain. Ils n’iront pas jusqu’au Tribunal cantonal.

pétition et manifs En 2014, l’association de protection animale Animus lance une pétition sur internet qui réunit 13 500 paraphes. S’ensuivent des manifestations en 2014 et 2016.

Le holà des verts Le parti écologiste a lui aussi contesté le projet de la halle d’engraissement aux 720 taureaux.


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