14.07.2017, 00:01  

Rimbaud à bras-le-corps

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Yann Lheureux: «Il y a une espèce de vœu d’amour que Rimbaud profère pour le monde entier contre vents et marées».

 14.07.2017, 00:01   Rimbaud à bras-le-corps

POÉSIE - A Cernier, Yann Lheureux plonge dans «Une saison en enfer».

Le festival Poésie en arrosoir, à Cernier, propose ce week-end un final en forme de descente dans les limbes. Une dégringolade rimbaldienne durant laquelle mots, notes et éclats de peinture s’entrechoqueront avec fracas. Poète de la scène, le comédien Yann Lheureux porte cette transposition théâtrale du texte qu’Arthur Rimbaud écrit en 1873 au plus sombre de sa liaison avec...

Le festival Poésie en arrosoir, à Cernier, propose ce week-end un final en forme de descente dans les limbes. Une dégringolade rimbaldienne durant laquelle mots, notes et éclats de peinture s’entrechoqueront avec fracas. Poète de la scène, le comédien Yann Lheureux porte cette transposition théâtrale du texte qu’Arthur Rimbaud écrit en 1873 au plus sombre de sa liaison avec Verlaine. Entretien.

Quel rapport entretenez-vous avec la poésie?

En fait je suis un lecteur très occasionnel de poésie. Il y a deux ou trois poètes que j’ai lus de manière plus approfondie. Mais ce ne sont même pas des livres de chevet. J’y retourne de temps en temps. Par exemple j’ai fait partie d’un groupe de rock éphémère parce que j’avais tout un projet autour de Brautigan. On a énormément travaillé ses poèmes, qu’on chantait. Et je suis tombé il n’y a pas très longtemps sur la poésie de Houellebecq, que j’ai beaucoup aimée. C’est assez éclectique. Et c’est beaucoup en fonction de ce que les gens m’invitent à découvrir.

Vous affirmez qu’«Une saison en enfer» est un texte de crise. Est-ce particulièrement pertinent de monter une telle œuvre dans la période de bouleversements qui est la nôtre?

On a joué le spectacle en novembre 2015 pendant les attentats du Bataclan. Le texte résonnait énormément. Aujourd’hui, c’est l’élection de Macron qui résonne énormément avec le libéralisme. Ce qui est dingue, avec ce texte-là, c’est qu’il y a énormément de formules qui sont comme des slogans. Et du coup on peut se les approprier tout le temps. Parce que Rimbaud est en crise contre l’homme. Il y a une espèce de vœu d’amour qu’il profère pour le monde entier contre vents et marées, mais qui ne peut pas se résoudre parce qu’il ne trouve pas que l’homme et le monde sont à la hauteur de ça.

Vous partagez cette vision désabusée?

Je suis sûrement un peu plus optimiste que Rimbaud. Enfin ça dépend. Parfois je suis pessimiste, parfois je suis optimiste. Donc là j’explore ma face pessimiste.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait se lancer dans la lecture de ces poèmes?

Je ne crois pas avoir de conseil à donner. J’ai l’impression que c’est très personnel, une lecture.

Comment s’est passé le processus de création?

Tout a commencé par une lecture du texte avec un ami. Je me souviens qu’on a beaucoup rigolé. On trouvait le texte très drôle. Parce que Rimbaud, ce qui le sauve de l’aigreur, c’est qu’il a énormément de recul sur lui-même. Au début il dit: «Je suis un Gaulois, mais je ne suis même pas assez fort pour me battre.» C’est un retour sur soi lucide et drôle. Par la suite, le spectacle a été créé à Villeréal, un lieu très particulier. Il s’agit d’un festival dans le sud-ouest de la France. Ce que les organisateurs proposent, c’est de passer cinq semaines dans un lieu du village qu’on choisit. Ce qui fait qu’on a pu créer ce spectacle dans une grange. Et c’était fabuleux. On le jouait dans une cathédrale, mais une cathédrale agricole. C’était très beau. Nos premiers spectateurs étaient des gens de la ferme. Un public qui n’est pas forcément constitué d’abonnés de théâtre. C’est donc une forme qui vise quelque chose de populaire au sens noble du terme.

Est-ce que vous allez suivre les traces de Rimbaud et abandonner le monde de l’art pour sillonner la planète comme marchand une fois la tournée de ce spectacle terminée?

(Rires) Non je ne pense pas. Il y a plein de choses à faire dans la vie, il faut en profiter. On va très certainement faire une version concert d’«Une saison en enfer». On va y travailler cet été. Et à la rentrée on monte un projet autour de «Husbands», le film de Cassavetes. Le scénario sera une trame qui nous servira à dériver sur d’autres choses.

INFO +

Cernier - Evologia: «Une saison en enfer», Grange aux concerts, les 15 et 16 juillet à 19h. Déambulation «Le passé est encore à venir», les 14, 15, 16 juillet à 21h30.


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