06.04.2017, 00:01  

La forêt jardinée inspire le Mexique

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Fervent admirateur d’Henry Biolley, le professeur Marcelo Zepeda Bautista (en haut à gauche) souhaite importer la méthode de forêt jardinée  au Mexique. Le groupe contemple le «Président», probablement  le plus grand sapin blanc de Suisse, haut de 57, 4 mètres.

 06.04.2017, 00:01   La forêt jardinée inspire le Mexique

VALLON - Des professeurs de l’Université de Chapingo sur les traces d’Henry Biolley.

L’harmonie qui caractérise la sylve du Val-de-Travers est connue loin à la ronde. Un mélange d’essences locales de toute taille où la végétation naturelle est le mot d’ordre. Mise en place il y a plus de 130 ans par le sylviculteur neuchâtelois Henry Biolley, la méthode de «forêt jardinée» a largement dépassé nos frontières (lire ci-contre). Jusqu’à l’Université...

L’harmonie qui caractérise la sylve du Val-de-Travers est connue loin à la ronde. Un mélange d’essences locales de toute taille où la végétation naturelle est le mot d’ordre. Mise en place il y a plus de 130 ans par le sylviculteur neuchâtelois Henry Biolley, la méthode de «forêt jardinée» a largement dépassé nos frontières (lire ci-contre). Jusqu’à l’Université autonome de Chapingo au Mexique, où ces principes ont fait mouche. Passant de la théorie au terrain, un groupe de professeurs en sciences forestières est venu contempler cette sylviculture naturaliste.

Accompagnés hier par le garde forestier Claude-André Montandon et l’ingénieur forestier Ennio Grisa, les huit visiteurs sud-américains ont suivi les traces d’Henry Biolley. A 8h30, tout le monde s’était donné rendez-vous au centre forestier de Couvet. Après une brève partie théorique, place à la pratique! Cap sur la forêt de l’Envers pour observer les particularités des bois vallonniers.

A l’origine de leur venue, Marcelo Zepeda Bautista, inconditionnel d’Henry Biolley. Le professeur souhaite «introduire la méthode de forêt jardinée dans certains endroits du Mexique». Ce voyage lui permet de récolter des informations plus détaillées. Il raconte que dans les années 1960, des confrères mexicains avaient eu la même idée. Eux aussi avaient fait le déplacement au Val-de-Travers. Faute de moyens financiers, le projet n’était pas arrivé à bon port et la méthode n’avait pas été importée.

Marcelo Zepeda Bautista fait remarquer qu’au Mexique, il existe un grand décalage entre «les 52 millions d’hectares de forêts existants et la production officielle» qui en résulte. Problèmes d’organisation sociale ou production illégale expliquent en partie cet écart. «On a bon espoir que ça change.»

Questions et photos fusent

Tout au long de la balade, les questions fusent. Quelle formation pour être garde forestier? Quelles sont les essences qui caractérisent la sylve locale? Autant de notions que le groupe mexicain apportera dans ses bagages. Sans oublier les images de sapins, d’épicéas, de hêtres et de frênes sauvegardées dans les smartphones.

En passant à côté de plusieurs troncs d’arbres coupés et entreposés sur le bord du chemin, le garde forestier signale que par manque de scieries dans la région, le bois est amené dans des scieries françaises. «La plupart du bois sera utilisé pour des travaux de charpentes à Paris.»

Le long du sentier de l’Envers, impossible pour les visiteurs de passer à côté du majestueux arbre, nommé le «Président» pour sa taille impressionnante. Vieux de près de 300 ans et haut de 57,4 mètres, il laisse tout le monde abasourdi. Surtout le directeur de l’institut de sciences forestières Jorge Antonio Torres Perez, qui s’amuse à le serrer dans ses bras. «C’est certainement le plus grand sapin blanc de Suisse», note, avec fierté, Claude-André Montandon.

Enfin, au fil de la forêt, une surprise attend l’admirateur d’Henry Biolley. Une plaque en son hommage au milieu de la sylve. Ravi, Marcelo Zepeda Bautista se laisse photographier. Une image qu’il emmènera au pays.

Naissance d’une méthode visionnaire en 1881

Alors qu’il n’était forestier que depuis un an, Henry Biolley fut saisi d’une vision. En 1881, ce Neuchâtelois mit en place dans la forêt de l’Envers, sur les hauts de Couvet, la première futaie jardinée de Suisse. Une méthode caractérisée par petits et grands arbres qui poussent les uns à côté des autres de manière à garantir assez de lumière au sol. Ce qui favorise la pousse des plus jeunes végétaux.

Avant l’intervention d’Henry Biolley, ce mélange d’essences de toute taille n’existait pas. Les arbres d’âges mûrs étaient coupés au même moment occasionnant des dégâts.Ce temps est révolu. L’alternance de la coupe au sein des divisions forestières prime. «En 2017, nous avons coupé les arbres d’une division et nous n’y reviendrons qu’en 2025», relève Claude-André Montandon, garde forestier au Val-de-Travers. Une pause de huit ans qui offre une régénérescence naturelle et un équilibre.

Les forêts du Vallon sont ainsi soignées depuis des décennies, procurant une nature riche connue dans le monde entier. Une renommée qui s’explique par les travaux d’Henry Biolley «traduits en 29 langues», poursuit Claude-André Montandon. Des sorties guidées sont régulièrement organisées. Une vingtaine de groupes d’étudiants, professeurs et autres personnes intéressées sont accueillis chaque année au cœur de la forêt jardinée vallonnière.


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