19.04.2017, 00:01  

Un monstre quittera Saint-Sulpice

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TRAIN À VAPEUR - Propriété du Vapeur Val-de-Travers, la 241P30 a été vendue.

Ces caractéristiques sont invraisemblables. 212,2 tonnes, 27 mètres de long, 4000 chevaux. La 241P30 est une locomotive hors normes, l’une des plus grandes à avoir circulé en Europe (lire ci-contre) et logiquement la plus monumentale que possède le Vapeur Val-de-Travers. Pourtant, le club ferroviaire basé à Saint-Sulpice a vendu son monstre. La «Mountain» sera exposée dans un musée...

Ces caractéristiques sont invraisemblables. 212,2 tonnes, 27 mètres de long, 4000 chevaux. La 241P30 est une locomotive hors normes, l’une des plus grandes à avoir circulé en Europe (lire ci-contre) et logiquement la plus monumentale que possède le Vapeur Val-de-Travers. Pourtant, le club ferroviaire basé à Saint-Sulpice a vendu son monstre. La «Mountain» sera exposée dans un musée vivant à Longueville, au sud-est de Paris, où l’Ajecta – Association de jeunes pour l’entretien et la conservation des trains d’autrefois – lui refera une beauté.

Si «c’est une machine française qui a sa place en France» comme le dit le président du VVT Dominique Marchand, la raison de ce départ est surtout économique. La remise en état de la motrice construite en 1951 est totalement hors de prix pour le club vallonnier, qui a déjà beaucoup à faire avec la dizaine d’autres locomotives qu’il entretient ou restaure.

Restauration hors de prix

«Nous avions fait un devis en 2003, lorsque nous avons récupéré la machine. Il y en avait pour plus de deux millions de francs», remarque-t-il, tandis que son vice-président Pablo Hoya rappelle que la lourde 241P, «machine de vitesse faite pour la plaine» n’est pas à son avantage dans les montées comme celle qui relie Auvernier à Noiraigue. «Nous l’avions acquise en 2003 dans le but de la préserver.»

Mise hors service à la fin des années 1960, la locomotive avait été offerte par la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) à la commune de Vallorbe. Elle y était arrivée en 1973 et était exposée depuis comme monument en contrebas de la gare. Au milieu des années 1990, la 241P30 est sauvée du ferraillage par une association formée pour l’occasion à Pratteln (près de Bâle), association où on retrouvait le président du VVT de l’époque Gilles Roulin, indique son successeur Dominique Marchand. «C’est quand le projet est tombé à l’eau que nous l’avons récupérée.»

«Rembourser nos frais»

«Il n’y a jamais eu de réel achat. Elle nous a coûté son transfert, soit quelques milliers de francs», continue Pablo Hoya. Alors que l’ancien comité l’avait mis en vente pour 90 000 francs, les actuels dirigeants du VVT l’ont vendu pour quelque 25 000 francs, soit «à peu près le prix de la ferraille» selon Dominique Marchand. «Nous ne faisons pas de bénéfices. Ce montant nous permet de rembourser nos frais sur la locomotive», complète son adjoint.

Le départ de la 241P30 n’est pas encore agendé. Et pour cause, il reste du travail à l’association française pour planifier son départ pour Longueville. Une première certitude: le transfert se fera par le rail, le trajet par camion étant trop coûteux, près de 200 000 francs.

Creuser sous les rails!

Mais même si le transfert par le rail permet de diviser par quatre le prix du rapatriement de l’engin, celui-ci implique d’autres complications. A commencer par le remplacement d’un essieu défectueux. Or, pour le retirer, il faut soit soulever la machine – impensable vu ses 212 tonnes –, soit creuser sous les voies, en coupant les rails...

«Il y en a presque pour un mois de travail», estime Dominique Marchand, qui indique que des vérins de douze tonnes seront utilisés pour stabiliser la fosse sous la locomotive. «Le risque avec l’essieu actuel, c’est qu’il chauffe et se bloque durant le transfert, en causant des dégâts.» Les Vallonniers devraient aider les Français à réaliser ces travaux, mais c’est désormais l’Ajecta qui a la main.

Quatre rendez-vous en 2017

Après avoir attiré du monde durant les festivités des 30 ans du club l’an dernier, le Vapeur Val-de-Travers a prévu une année plus calme en 2017. «Nous sommes en pleine transition au niveau des pilotes. Nous avons deux mécaniciens qui prennent leur retraite, et les nouveaux doivent se former à la conduite des locomotives à vapeur», note le président Dominique Marchand.

Ainsi, quatre journées de circulations publiques sont prévues, les 13 mai, 10 juin, 9 septembre et 7 octobre. Ces samedis-là, une composition tractée par la Krauss-Maffei ira durant l’après-midi jusqu’à Travers, tandis que le train-fondue prendra la route de Neuchâtel en soirée, avec la grande motrice 52 221 à sa tête.

Cette locomotive a d’ailleurs concentré une bonne partie du travail des bénévoles du VVT cet hiver. Plusieurs pièces importantes ont été changées et leur fonctionnement doit être vérifié via un train d’essai pour Les Verrières, le 28 avril prochain. «On arrive à sa 10e année de service. Il y avait de l’usure et des pièces à refaire», explique Pablo Hoya, vice-président du VVT. D’autres chantiers avancent bien, notamment sur des wagons. L’utilisation de la Krauss-Maffei au lieu de la Tigerli comme l’an passé, permettra au club de faire un tournus dans la révision de son matériel roulant.

Un souci pour terminer. A la fin du mois, un nouveau système de sécurité ferroviaire (ETCS 2) entrera en fonction sur certaines grandes lignes suisses et empêchera les trains historiques d’y passer. Du moins, sans une locomotive moderne à l’avant pour lire les signaux. Du coup, puisque le secteur Lausanne-Villeneuve est concerné, organiser une virée à Vevey ou au Blonay-Chamby comme ces deux dernières années sera désormais plus compliqué. «Il faudrait soit investir dans un de ces systèmes, s’il en existe pour nos locomotives, soit louer une locomotive moderne pour nous accompagner», regrettent les deux responsables du club.

Il n’en existe plus que quatre

La 241P30 du Vapeur Val-de-Travers est l’un des quatre dernières locomotives du type 241P de la SNCF à avoir été préservée. «Il y en avait 35 exemplaires. Nous avons la numéro 30», indique Dominique Marchand. Les trois autres sont la numéro 9, actuellement en révision à Toulouse, la 16, conservée au Musée des chemins de fer de Mulhouse, et la 17, conservée au Creusot. Cette dernière est la seule à rouler.

Construites au Creusot entre 1948 et 1952, les 241P ont servi sur les grandes lignes comme la Paris-Lyon-Marseille, avant de partir sur d’autres lignes au fil de leur électrification. «Elles n’ont pas circulé très longtemps. C’étaient des machines assez compliquées et coûteuses à entretenir», explique le président du VVT. Machines de vitesse, elles étaient destinées aux trains voyageurs, à la différence de la 52 221 du VVT, machine de puissance, destinée au trafic marchandise. La dernière 241P a été retirée du trafic en 1973.


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