11.04.2017, 00:01  

Une aventure vallonnière en Chine

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Bernard Loup photographié à Tianjin, à l’issue d’une partie de chasse. La photo daterait de 1903.

GENÈVE - Le périple des Loup, partis de Môtiers au 19e, objet d’une exposition.

Ils s’appellent Pierre Loup et Eugène Borel. Tous deux originaires de Môtiers, ils sont partis au milieu du 19e siècle en Chine, à l’époque où les horlogers de l’Arc jurassien tentaient de conquérir ce nouveau et vaste marché. Une exposition, assortie d’un livre, retrace leur parcours ainsi que celui de leurs descendants – en particulier les frères Gustave,...

Ils s’appellent Pierre Loup et Eugène Borel. Tous deux originaires de Môtiers, ils sont partis au milieu du 19e siècle en Chine, à l’époque où les horlogers de l’Arc jurassien tentaient de conquérir ce nouveau et vaste marché. Une exposition, assortie d’un livre, retrace leur parcours ainsi que celui de leurs descendants – en particulier les frères Gustave, Albert et Bernard Loup –, au Musée des arts d’Extrême-Orient de la fondation Baur, à Genève.

«L’aventure chinoise, une famille suisse à la conquête du Céleste empire» suit les Neuchâtelois entre Canton, Shanghai, Pékin et surtout Tianjin. «Avec cette famille, on suit l’histoire du 20e siècle», remarque Estelle Niklès van Osselt, commissaire de l’exposition. De la révolte des Boxers à l’arrivée des communistes, les horlogers ont vécu de l’intérieur les grands changements de la Chine de l’époque. Parfois de très près. Eugène Borel échappera ainsi de peu au massacre de Tianjin, quand les Chinois mirent à sac la concession française. «Son boy chinois, avec qui il était bon, l’a caché plusieurs jours durant.»

Documents familiaux

Pour retracer toutes ses péripéties, la fondation Baur a pu compter sur ses collections et celles du Musée régional du Val-de-Travers. Mais aussi et surtout sur celles de la famille Loup, qui a «tout conservé». Descendante de la famille, Christiane Perregaux-Loup cosigne d’ailleurs le catalogue de l’exposition.

Cette histoire commence par une émigration. A peine majeurs, Eugène Borel en 1857 puis Pierre Loup deux ans plus tard sont envoyés en Chine. Le voyage dure alors plusieurs mois. «Ils ont été embauchés par Vaucher frères qui venait d’ouvrir un comptoir. Ils partaient pour dix ans. Souvent, c’était l’aîné de la famille qui faisait ce genre de voyage. Des gages étaient envoyés à la famille», raconte Estelle Niklès.

Vendant et réparant les horloges, les deux beaux-frères – Eugène ayant épousé lors d’un séjour en Suisse la sœur de Pierre Loup – continueront leur travail après la faillite de Vaucher, en associant toute leur famille. «Le clan fait partie du business. A travers la correspondance entre Adèle Loup et Laure Borel (réd: les femmes de Pierre et Eugène ), on voit un commerce parallèle qui s’organise. On s’envoie des dentelles, de bonnes chaussures.»

Allers-retours

A son retour définitif en Suisse, Eugène enverra des fournitures à Pierre en Chine, depuis son domaine de Vauroux, à Bevaix. Gustave, Albert et Bernard Loup continueront l’œuvre familiale, en dirigeant une usine à Tianjin, tout en revenant régulièrement en Suisse. Gustave sera le premier à s’y réinstaller définitivement avant la Seconde Guerre mondiale et l’invasion nipponne. Albert fera de même en 1946, encore à temps pour revendre ses biens. Ce que ne pourra faire Bernard: «Pris en otage par les communistes, il a dû céder ‘volontairement’ toutes ses possessions à l’Etat chinois pour retrouver son passeport», résume Estelle Niklès.

Mêlant petite et grande histoire, les péripéties des Loup sont à découvrir jusqu’au 2 juillet prochain.

INFO +

«L’aventure chinoise»:

Exposition à la fondation Baur, rue Munier-Romilly 8 à Genève, jusqu’au 2 juillet 2017. Ouverture du mardi au dimanche de 14h à 18h. Informations supplémentaires sur fondation-baur.ch.

comme Alfred Baur

L’intérêt de la fondation Baur pour l’histoire des Loup en Chine s’explique pour plusieurs raisons. «Tout d’abord, c’est un sujet d’actualité, car il nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, c’était nous les migrants», note Estelle Niklès van Osselt. Ensuite, ce récit fait écho à celui du fondateur de l’institution, Alfred Baur, qui vécut lui aussi en Asie, au Sri Lanka. Dernière anecdote liant les deux histoires, Alfred Baur a été client de Gustave Loup, devenu antiquaire à Genève. Une partie des collections de la fondation Baur lui est notamment due. A Genève, ces objets sont exposés dans quatre salles, au côté de nombreux documents issus des familles.

casse-tête chinois

Les Européens ont dû rivaliser d’ingéniosité pour commercer avec les Chinois. Certaines tentatives pour leur proposer des produits à leur convenance paraissent aujourd’hui loufoques. «Il y a eu, durant une très brève période, des montres tevoB», remarque Estelle Niklès. «On avait dit à la maison Bovet d’écrire à l’envers puisqu’ils lisaient de droite à gauche.» Autre incompréhension, l’illustration de personnages chinois sur les montres faites en Suisse. Pour réaliser ces images, les horlogers se sont inspirés de gouaches de Canton (ci-dessus), l’équivalent des cartes postales de l’époque. Des cartes réalisées par les Chinois dans le seul but de les vendre aux Européens...


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