14.03.2017, 05:58

«L’AMA n’a plus vraiment le choix»

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Olivier Niggli demande du soutien pour mettre en place le programme de l’AMA.

 14.03.2017, 05:58 «L’AMA n’a plus vraiment le choix»

LUTTE ANTIDOPAGE L’agence mondiale doit faire respecter ses règles et demande plus d’argent pour avancer.

«La situation ne peut pas être pire.» Président de la Fédération internationale des sociétés d’aviron (Fisa), Jean-Christophe Rolland n’a pas pris de pincettes pour dresser le tableau de la lutte antidopage. Après les scandales vécus en Russie et dans l’athlétisme en 2016, dont les remous n’ont pas fini d’éclabousser le monde sportif, l’AMA (Agence mondiale antidopage) connaît bien des...

«La situation ne peut pas être pire.» Président de la Fédération internationale des sociétés d’aviron (Fisa), Jean-Christophe Rolland n’a pas pris de pincettes pour dresser le tableau de la lutte antidopage. Après les scandales vécus en Russie et dans l’athlétisme en 2016, dont les remous n’ont pas fini d’éclabousser le monde sportif, l’AMA (Agence mondiale antidopage) connaît bien des problèmes pour rester à flot. Hier, lors du symposium de cette agence à Lausanne, le message a été clair: elle doit sortir le gourdin pour faire respecter ses règles. Sa crédibilité et sa survie sont en jeu.

«L’AMA n’a plus vraiment le choix», reconnaît Frédéric Donzé, directeur des opérations de cet organisme. «Nous sommes les gardiens du Code mondial antidopage et nous devons le faire respecter. La première version de ces règles date de 2004 et nous estimons que les instances impliquées dans notre lutte ont eu le temps de s’y adapter. Maintenant, pour passer au stade supérieur, nous devons vérifier et améliorer la conformité de chacun de nos partenaires à nos règles.» Son collègue Jonathan Taylor, président du comité de contrôle de la conformité, a bien mis les points sur les «i» auparavant, quitte à choquer certains des 740 participants au symposium.

Pique au CIO

Les leçons du cas russe semblent avoir été retenues, il ne suffit pas de savoir si les agences nationales, les fédérations sportives ou les gouvernements ont édicté des règles ou des lois pour appliquer le code mondial antidopage, mais il faut vérifier si cela se traduit dans la réalité. «Le rapport McLaren sur le scandale russe a été un choc pour tout le monde», reprend Jean-Christophe Rolland. «Il ne s’agit pasde blâmer le système, mais de l’améliorer. C’est essentiel et vital.»

Les athlètes présents à Lausanne ont demandé une application stricte des règles pour que chaque sportif puisse concourir à égalité de chances. Un vœu pieux depuis des années, mais la situation actuelle démontre que la confiance en la lutte antidopage a diminué depuis les récents scandales. Pour redonner confiance, il faut sévir. «Notre programme de conformité doit être renforcé et soutenu par des sanctions utiles», affirme Olivier Niggli, directeur général de l’AMA, tout en signalant que neuf laboratoires avaient perdu leur accréditation depuis 2015.

Au passage, le Vaudois aux origines imériennes lance une pique à peine masquée en direction du CIO (Comité international olympique), pas toujours très solidaire des actions de l’AMA. Pour rappel, le mouvement olympique n’avait pas interdit la participation des athlètes russes aux JO de Rio 2016, contrairement à la Fédération internationale d’athlétisme et au comité des Jeux paralympiques.

Pour appliquer ce programme de vérification de conformité, l’AMA a besoin de deux choses: de l’implication de chacune des parties concernées et, surtout, de moyens financiers. Elle a commencé par envoyer un questionnaire comprenant 200 questions à chaque agence nationale pour vérifier sa conformité formelle au code. Elle devra ensuite lancer des inspections pour contrôler l’application de ces règles dans la réalité.

«L’argent est là»

«Nous avons déjà entamé des audits au Kenya et en Inde, puis ce sera au tour Brésil en tenant compte des spécificités de chaque pays», complète Frédéric Donzé. «Pour mener davantage d’enquêtes, il nous faudrait plus de moyens financiers et humains.» Avec sa nouvelle cellule d’investigation composée par six personnes, l’AMA paraît démunie même si elle collabore avec Interpol et d’autres autorités policières. Son budget de 30 millions de dollars ne lui permet pas d’en faire beaucoup plus. Pour permettre à la lutte antidopage d’évoluer et l’améliorer, le double ne serait pas de trop.

Ce vieux débat a rebondi à Lausanne. «L’argent est là, le sport génère des milliards de dollars», constate Travis Tygart, directeur exécutif de l’Usada (agence américaine antidopage). «Il suffirait de demander au monde du sport de contribuer davantage à la lutte. Les sponsors qui investissent dans les manifestations sportives, comme les Jeux olympiques, devraient être certains que ces événements puissent se dérouler de manière propre et investir dans la lutte antidopage. Le CIO pourrait lui-même le faire facilement en versant une partie de ses revenus.» Soit plus de 5 milliards de dollars entre 2013 et 2016.

«Besoin d’unité»

Actuellement, le CIO participe au financement du budget de l’AMA, fondée à l’initiative de son ancien président Juan Antonio Samaranch en 1999, à hauteur de 14 millions de dollars, autant que les gouvernements, seulement deux millions proviennent d’autres ressources. Le prochain budget devrait établir exactement les besoins. Selon plusieurs dirigeants et acteurs du sport, comme Denis Oswald, on pourrait aller chercher cet argent chez les sponsors, les athlètes ou les organisateurs. Plusieurs pistes sont explorées depuis des années, mais cela n’a pas beaucoup évolué.

Sur le plan politique, l’effort doit être commun. «Nous avons besoin d’unité et nous devons cesser de nous faire la guerre comme lors de ces derniers mois», souligne la Norvégienne Linda Hofstad Helleland, vice-présidente de l’AMA et ministre de la culture dans son pays. «Une AMA forte et intelligente est la clé pour mener notre combat contre le dopage On verra si ce message passera ces prochains jours et mois. A Lausanne, tout le monde ne semble pas l’avoir saisi.

«Briser le silence» pour dénoncer

Et l’indépendance?

Les problèmes de l’AMA ne sont pas que financiers, mais aussi politiques. Le vieux débat sur son indépendance a ressurgi hier à Lausanne. «L’AMA n’est pas indépendante», soutient Travis Tygart (photo Keystone), le «bourreau» de Lance Armstrong. «Avec 50% de représentants du monde du sport dans le comité exécutif, ça ne peut pas fonctionner. Ces dirigeants doivent faire la police dans leur propre sport et cela ne peut pas fonctionner ainsi. Plusieurs fois, certaines décisions très lourdes de conséquences n’ont pas été prises parce que ce n’était pas bon pour les affaires.»

Il faut savoir que depuis sa création le comité de l’AMA est formé par 50% des représentants du monde sportif et l’autre moitié par ceux des gouvernements. «Nous connaissons ce problème et nous avons constitué un groupe de travail, formé par des experts indépendants, pour étudier nos problèmes de gouvernance», assure Frédéric Donzé. «Pour ma part, je vois des avantages et des inconvénients dans cette situation. Si nous écartons le monde du sport de notre comité exécutif, nous gagnerions peut-être en indépendance, mais nous nous priverions de leurs connaissances de la réalité. En plus, nous pourrions déresponsabiliser les acteurs du monde sportif par rapport à notre lutte.» Joli dilemme auquel il faudra bien trouver une solution crédible.

Lanceurs d’alerte Depuis quelques jours, l’AMA a lancé une nouvelle plateforme et application permettant aux lanceurs d’alerte de dénoncer des cas de dopage. Selon les responsables de cette agence, ce nouveau moyen permet une plus grande confidentialité et un meilleur moyen de protection pour ces personnes. Ce programme est baptisé «Briser le silence» – «Speak up» en anglais – et son concepteur espère qu’il pourrait fonctionner comme un confessionnal. Qui donne l’absolution?

Puerto L’identification des poches de sang saisies dans l’affaire Puerto en 2006, livrées en 2016 par la justice espagnole à l’AMA pour une réanalyse, prend plus de temps que prévu. «Cette identification ne s’avère pas simple. Nous devrons aussi résoudre certains problèmes juridiques liés à la révélation d’éventuels nouveaux noms», précise Olivier Niggli. La prescription des délits pose de sérieux problèmes juridiques. Certains anciens «champions» peuvent dormir tranquilles.

Adams Le piratage de ce système de localisation par les Fancy Bears a créé l’émoi. Plusieurs affaires liées à des autorisations à usage thérapeutique (AUT) ont éclaté suite à ces révélations et l’équipe cycliste Sky (lire ci-contre) n’a pas été ménagée. Si les règles concernant les AUT méritent d’être redéfinies, les responsables des contrôles ne s’en émeuvent pas trop. «Si l’usage des corticoïdes était notre plus gros problème, nous ne serions pas là», lance Christiane Ayotte directrice du laboratoire de Montréal. «Les limites pour ces produits sont difficiles à déterminer.» D’accord, mais une plus grande clarté et transparence ne seraient pas de trop.

«ligne» Le nouveau ministre des sports russes Pavel Kolobkov a pris la parole hier à Lausanne. L’ancien escrimeur a livré un discours bien «dans la ligne» fixée par son président Vladimir Poutine. Il a qualifié le traitement des athlètes russes bannis par l’IAAF et le comité des Jeux paralympiques «d’inhumain» avant d’assurer que son pays met tout en œuvre pour améliorer sa conformité au code mondial antidopage. Des nouvelles lois criminalisant le dopage ont été adoptées en Russie et il espère que son pays entrera en conformité d’ici la fin de l’année. L’exposé du professeur McLaren a toutefois démontré que le travail à effectuer reste énorme et que de nouvelles révélations pourraient doucher les espoirs russes. En attendant, le bannissement à vie prononcé par le TAS du médecin Sergueï Portugalov, accusé d’être chargé du dopage dans l’athlétisme russe, démontre que cela ne résout pas tout. Selon des informations du journaliste allemand Hajo Seppelt, ce praticien exerce actuellement au sein d’une équipe de hockey sur glace en Russie. De quoi jeter un froid...


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