17.03.2017, 00:01  

Yann Moulinier pousse à la porte

Abonnés
chargement
Pousseur de Beat Hefti depuis l’été 2015, Yann Moulinier ambitionne de tirer lui-même les ficelles après la retraite de l’Appenzellois.

BOBSLEIGH - Le Chaux-de-Fonnier entend se lancer comme pilote dès la saison 2018-2019.

Quand on pousse quelqu’un, c’est pour qu’il aille plus vite ou qu’il nous laisse la place. Engagé en été 2015 comme pousseur dans le team de Beat Hefti avec l’espoir de participer l’an prochain aux JO de PyeongChang (Corée du Sud), Yann Moulinier (23 ans) se trouve précisément à...

Quand on pousse quelqu’un, c’est pour qu’il aille plus vite ou qu’il nous laisse la place. Engagé en été 2015 comme pousseur dans le team de Beat Hefti avec l’espoir de participer l’an prochain aux JO de PyeongChang (Corée du Sud), Yann Moulinier (23 ans) se trouve précisément à cette croisée des chemins. Enthousiaste et ambitieux, le Chaux-de-Fonnier ne cache pas son intention de récupérer les clés du bob une fois que l’Appenzellois aura pris sa retraite, en fin de saison prochaine, après son dernier rendez-vous olympique.

«Dans ma tête, c’est clair. Il y aura les Jeux peut-être comme pousseur, et ensuite je tenterai ma chance comme pilote», clame le vice-champion de Suisse du lancer du marteau. Christoph Langen compte sur lui. Ancien coach des bobeurs allemands, le double champion olympique a rejoint Swiss Sliding en 2016 comme entraîneur de la relève, pour former de nouveaux pilotes en vue des échéances olympiques de 2022 et 2026. «Beat Hefti arrêtera l’année prochaine, Rico Peter va peut-être faire encore une ou deux saisons, et Clemens Bracher a déjà 30ans», souffle Yann Moulinier, conscient qu’il y aura tout bientôt des places à prendre.

Plein la vue

Privé en cette fin d’hiver des Mondiaux de Königssee et de la tournée préolympique en Corée du Sud, le Chaux-de-Fonnier n’est pas déçu. «A la place, j’ai eu la chance de perfectionner mon pilotage à Saint-Moritz et à Igls, une expérience beaucoup plus enrichissante pour moi», assure-t-il. «Bien sûr, cela aurait été chouette d’aller à PyeongChang pour voir la piste et découvrir le pays... Mais quitte à n’y aller qu’une fois, autant que ce soit l’année prochaine!»

En deux saisons, Yann Moulinier a déjà pris de la bouteille. Pas encore un magnum, mais un peu plus qu’un demi: 99 descentes comme pousseur (en bob à quatre et en bob à deux), 37 descentes en monobob et six en bob à deux en tant que pilote. «Quand j’ai pris les commandes d’un bob pour la première fois, l’an dernier à LaPlagne, j’en ai pris plein la vue, j’avais l’impression de ne rien maîtriser du tout», avoue le Neuchâtelois, qui a bien progressé depuis. «A Igls, Christoph Langen m’a dit que ça jouait au niveau des virages, que ça devenait du vrai pilotage. Cela correspond avec ce que je ressens sur la piste. J’ai le sentiment de savoir faire quelque chose comme pilote, de ne plus subir la piste et d’avoir plus de pouvoir sur les éléments.»

Il reste du pain sur la planche, et des kilomètres de pistes verglacées à faire défiler sous les patins. Mais Yann Moulinier y croit, heureux comme un gamin. «J’ai envie de me lancer, d’y aller vraiment. J’ai déjà une équipe – Sandro Ferrari est motivé pour m’accompagner comme pousseur en bob à deux – et le soutien de la fédération», lâche le Chaux-de-Fonnier. «Comme pilote, on a la vision et le contrôle du bob, les émotions sont multipliées par cent. On passe par tous les états au cours d’une descente, chaque virage procure une microdéception ou un microbonheur, selon qu’on l’a raté ou réussi. Il faut rester concentré et mobilisé jusqu’en bas, c’est super intense.»

Un bon pilote doit d’abord être un bon pousseur

Bien reposé puisqu’il n’a pas pris le départ des courses de fin de saison, Yann Moulinier a déjà attaqué la préparation en vue de la saison prochaine. Sans surprise, la condition physique sera omniprésente. La vérité du bobeur ressemble à un slogan: «Pour être un bon pilote, il faut d’abord être un bon pousseur. Et je veux être un très bon pousseur dès 2018.»

Méthodique et minutieux, l’athlète du CEP Cortaillod a déjà tracé les grandes lignes de son plan de bataille. «Mon objectif est d’aller découvrir les pistes allemandes (Königssee, Winterberg, Altenberg) cet automne, puis les pistes nord-américaines (Whistler, Lake Placid) afin de me lancer en compétition dès l’hiver 2018-2019, en commençant par la Coupe d’Europe.»

Le hic est financier. Car même si Swiss Sliding, sous l’impulsion de Langen, devrait mieux soutenir ses athlètes à l’avenir, le bob reste une passion qui coûte bonbon. «Comme pousseur, le budget tournait autour des 70000francs. Comme pilote, ça va grimper aux alentours des 150000», calcule le Chaux-de-Fonnier. «Trouver de l’argent est le plus gros problème à régler. Il faudra discuter avec Beat Hefti (pour éventuellement racheter ses bobs), la fédération... Là, je survis. Mais je ne tiendrai pas dix ans comme ça.»

Yann Moulinier peut déjà compter sur un fan’s club et divers soutiens fort précieux. «On m’aide énormément. C’est un beau projet et une aventure partagée avec beaucoup de monde, j’ai vraiment un super-groupe autour de moi. J’ai envie d’avoir des gros objectifs et de vivre de belles choses en bob.»

«Il faut faire preuve de souplesse, de doigté, faire corps avec le bob»

S’il pousse également «comme un malade» au départ, le pilote doit rapidement retrouver ses esprits. Car son job, contrairement à celui des pousseurs, n’est pas terminé en sautant dans le bob... «Une fois assis, tu dois être calme, zen, détendu, avoir une sorte de paix intérieure», glisse Yann Moulinier. Le pilotage en lui-même est d’une simplicité enfantine: une poignée à tirer pour tourner à gauche, une autre pour virer à droite, basta. «Mais il faut faire preuve de souplesse, de doigté, faire corps avec le bob», coupe le Chaux-de-Fonnier. «Il faut caresser la piste, tu ne peux pas t’opposer à elle, tu dois y a aller avec douceur... Il convient d’être patient, même si ça va extrêmement vite! Il faut laisser le bob s’engager dans sa trajectoire avant d’intervenir soi-même. C’est capital. Et cela correspond bien à mon tempérament plutôt calme.»

Après la violence de la poussée initiale, chaque piste propose une section relativement tranquille de quelques secondes pour assurer la transition avant de vraiment s’engager dans la pente. «Je pensais que ce serait un gros problème, mais le ‘switch’se fait assez naturellement», assure le lanceur du CEP Cortaillod. «On peut comparer ça au biathlon, quand on passe du ski de fond au pas de tir et qu’il faut rapidement abaisser ses pulsations. C’est le même genre de transition un peu brutale, mais c’est impressionnant de voir à quel point le corps humain est capable de s’adapter dans l’urgence.»

hors piste

24 heures de la gym Yann Moulinier sera l’invité vedette des 24 Heures du sport, organisées le samedi 6 mai à Cernier par l’Association cantonale neuchâteloise de gymnastique. «J’apporterai un bob à roulettes pour que les gens puissent essayer, ce sera l’attraction phare de la journée», glisse le Chaux-de-Fonnier. Renseignements et programme de la manifestation sur www.acng.ch.

Athlétisme S’il s’est découvert une nouvelle passion pour le bob, Yann Moulinier n’en oublie pas l’athlétisme, son sport de cœur. «Je vais faire quelque concours, notamment les championnats de Suisse pour défendre ma médaille d’argent au marteau (derrière son compère du CEP Cortaillod Robin Santoli, également pousseur au sein du team Hefti)», sourit le Chaux-de-Fonnier. «C’est important d’avoir une ou deux dates en mode compétition durant l’été. J’aimerais améliorer mon record (55m11) établi l’an dernier.»


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour la lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top