14.07.2017, 00:01  

Le putsch de Peyragudes

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 14.07.2017, 00:01   Le putsch de Peyragudes

CYCLISME - Chris Froome renversé dans les Pyrénées, où Fabio Aru a revêtu le jaune.

Tout était prévu et calculé au millimètre. Le Team Sky semblait pouvoir exécuter le scénario à la lettre. Dicter le rythme, l’augmenter progressivement avant d’achever ses derniers adversaires dans le final. Mais l’épilogue s’est transformé en déconvenue pour Chris Froome. Le Britannique a été trahi par ses jambes. Il en a perdu le maillot jaune en faveur de Fabio...

Tout était prévu et calculé au millimètre. Le Team Sky semblait pouvoir exécuter le scénario à la lettre. Dicter le rythme, l’augmenter progressivement avant d’achever ses derniers adversaires dans le final. Mais l’épilogue s’est transformé en déconvenue pour Chris Froome. Le Britannique a été trahi par ses jambes. Il en a perdu le maillot jaune en faveur de Fabio Aru, alors que Romain Bardet a enchanté la France en s’imposant au sommet de Peyragudes. Chavirant et passionnant!

Alors bien sûr, les anciens et les amoureux de spectacle sont frustrés. Après 213 km de course, il a fallu attendre les 500 derniers mètres pour voir les favoris en découdre. C’était prévisible, le cyclisme moderne – avec beaucoup moins de dopés ou beaucoup plus de coureurs propres, c’est selon... – fonctionne ainsi. Nicolas Portal, directeur sportif de Sky, l’avait d’ailleurs prévu, l’effort final sur la nouvelle rampe de Peyragudes (à plus de 17%) serait déterminant. Seule nuance de taille, ce sprint en montagne (de 1’48’’) n’a pas été remporté par son leader. «Nous n’avons pas réussi à mettre la balle au fond», constatait le dirigeant de Sky. Eh oui, la confirmation est tombée hier: Froome est battable.

L’arc-en-ciel de Aru

Personne ne s’en plaindra, surtout pas le nouveau leader Aru. «Lorsque j’ai franchi la ligne, j’ai regardé où était Chris Froome et j’ai vu le chrono, j’ai alors ressenti une émotion incroyable», jubilait l’Italien, 3e hier qui a revêtu le maillot jaune de justesse (6’’ d’avance sur Froome) grâce aux bonifications (4’’). «Il m’a manqué un peu de forces pour gagner, mais c’est fantastique d’avoir le maillot jaune.» Après le rose du Giro et le rouge de la Vuelta, son arc-en-ciel est complet.

Reste à savoir pendant combien de temps l’Italien pourra conserver sa tunique. Avec une équipe diminuée par l’abandon de Fabio Cataldo et la fragilité de Jakob Fuglsang – largué et blessé (deux micro-fractures au poignet et au coude gauches) –, Astana ne semble pas armé pour défendre le jaune. «Mes coéquipiers vont se battre pour moi», rassurait Aru. Pour lui, la meilleure défense est certainement l’attaque.

Bardet délivré et ambitieux

Vainqueur à Peyragudes au terme d’un sprint haletant, Bardet était délivré et ambitieux après avoir conquis sa troisième étape dans le Tour. «Je n’avais plus gagné depuis l’année passée et cette victoire me fait un bien fou, surtout après ma déception de dimanche à Chambéry», se félicitait l’Auvergnat. «J’étais venu reconnaître cette arrivée en mai avec mes parents, lorsque la rampe finale venait d’être goudronnée. Je m’étais alors dit que ce serait beau de gagner ici. C’est fantastique de l’avoir fait. Avec ce succès en poche, je vais pouvoir songer au général. Mon podium de2016 (réd: 2e) m’a permis de prendre conscience de mes capacités. J’ai beaucoup travaillé et franchi un palier pour progresser. Maintenant, tout est possible.»

La bataille risque de refaire rage aujourd’hui entre Saint-Girons et Foix. Elle concerne plus de monde que d’habitude puisque cinq coureurs sont à moins de deux minutes du leader. Y compris les surprenants et tenaces Rigoberto Uran (à 55’’, 2e hier et pénalisé) et Daniel Martin (5e à 1’44’’), alors qu’Alberto Contador (à 7’14’’) et Nairo Quintana (à 4’01’’) ont définitivement lâché prise.

Froome sans excuse

Mais attention à la réaction du Team Sky. Tous les adversaires de Froome s’attendent à revoir le Britannique à l’attaque. «Ils ont l’équipe la plus forte et ils vont être dangereux», avertit Bardet (3e au général à 25’’). «La deuxième étape des Pyrénées (réd: aujourd’hui), avec son format très court (101 km), pourrait donner lieu à de nouveaux renversements de situation.»

«On a perdu de peu (réd: 8’’) et la lutte est loin d’être terminée», commentait Portal. «Nous allons nous battre jusqu’au bout. Cela sera plus serré que les années précédentes, mais nous n’allons rien lâcher.» Incontestablement, cette formation possède la plus grande force collective. Elle l’a encore démontré hier. Mikel Landa a même précédé son leader sur la ligne, un peu comme Froome en 2012 avec Bradley Wiggins. Portal a sévèrement réprimandé l’Espagnol pour son comportement.

Si le Basque (8e au général), qui devrait rejoindre Movistar, a failli, son chef de file aussi. «Mes coéquipiers ont effectué un magnifique travail toute la journée, mais je n’avais pas les jambes dans la rampe finale pour aller chercher la victoire», regrettait Froome. «C’est aussi simple que ça, je n’ai pas d’excuses. La suite s’annonce très indécise.» On ne peut que s’en réjouir après le putsch de Peyragudes.

Hommage à Ferdi Kübler parmi les géants

«personnage d’exception» «L’hiver écoulé a été cruel avec les anciens vainqueurs du Tour», déclarait en préambule Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, hier matin à Pau. Sur le site du Tour des géants dédié aux vainqueurs de la Grande Boucle, un hommage a été rendu à trois d’entre eux décédés dernièrement: Ferdi Kübler, Roger Walkowiak et Roger Pingeon. Sous une pluie fine, comme si le ciel pleurait ces champions, les dirigeants de l’épreuve ont aussi honoré la mémoire de Tom Simpson à l’occasion du 50e anniversaire de son décès dans le Ventoux. Dans l’enchaînement, Chris Froome inaugurait son totem pour sa victoire de 2016.

Devant le totem de Ferdi Kübler (photo Julian Cerviño), l’écrivain Christian Laborde a lu son texte situé sous la photo du Suisse évoquant son succès en 1950. Le récit rappelle son duel avec Louison Bobet, que l’Helvète finissait par enlever au terme d’un dernier exploit: «Le champion suisse se déchaîne (...) hennit comme un cheval, gagne l’ultime contre-la-montre et remporte le Tour de France», écrit Christian Laborde.

Une année plus tard, Hugo Koblet, un autre Suisse, lui succédait au palmarès. «Ferdi Kübler était un personnage d’exception, tout comme son compatriote. Il y avait le pédaleur de charme (réd: Koblet) et le coureur hennissant (Kübler). Ils font tous les deux partie de la légende du Tour, pour toujours», soulignait Christian Prudhomme.

Pignons sur roue

les phrases «Une certaine religiosité s’exerce en secret dans le clair-obscur de nos admirations.» De Philippe Brunel, journaliste de «L’Equipe», dans son excellent article (paru hier) évoquant le 50e anniversaire de la mort de Tom Simpson et l’hommage que Bradley Wiggins lui a rendu hier au Ventoux, alors que Simpson était «l’incarnation du dopage qu’il disait combattre».

«J’ai fait tout ce que j’ai pu, mais j’ai fini par ressentir que je pèse 80kg et pas 60...» De Stefan Küng, longtemps échappé hier, qui a suivi Thomas De Gendt dès le 25e km avant de craquer dans le Port de Balés. L’objectif de son team (BMC) était de rapprocher Damiano Caruso du top 10 et l’Italien pointe au 14e rang à près de quatre minutes du 10e (Louis Mentjes).

«Je remercie les autres coureurs de nous avoir attendus.» Emporté dans un virage au pied du col de Peyresourde avec Chris Froome et Mikel Landa, Fabio Aru a eu du mal à repartir avec le Britannique et il était content que leurs rivaux n’aient pas accéléré. Comme quoi, les cyclistes ne sont pas rancuniers.

Pénalité Rigoberto Uran a écopé de 20 secondes de pénalité après avoir été ravitaillé dans les 20 derniers kilomètres par un de ses directeurs sportifs. Romain Bardet était aussi accusé de l’avoir fait, mais le Français a nié.

Clous Le Tour empruntera pour la deuxième fois de son histoire le mur de Péguère cet après-midi. Ses pentes de 16 à 18% font peur aux coureurs. L’autre crainte est fondée sur le souvenir du premier passage par cette ascension en 2012, lorsque des clous avaient été dispersés sur la chaussée et provoqué de nombreuses crevaisons, dont celle de Cadel Evans. Les auteurs de ce méfait n’ont jamais été retrouvés. «On se demande s’ils ont vraiment été recherchés», glisse notre truculent confrère Patrick Louis de «La Provence». Va savoir…


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