13.07.2017, 00:01  

«Un marathon et un sprint»

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 13.07.2017, 00:01   «Un marathon et un sprint»

Par Julián Cerviño

«C’est un enchaînement d’étapes atypique. On ne sait pas trop à quoi s’attendre.» Thierry Gouvenou, responsable des parcours du Tour de France, est, comme beaucoup, impatient de voir ce qu’il va se passer ces deux prochains jours dans les Pyrénées. «Nous aurons droit à un marathon et à un sprint», résume Romain Bardet (3e du général). Présentation avec le guide Nicolas Portal, directeur sportif du team Sky, établi à Pau, qui a reconnu ces deux étapes méticuleusement (à vélo et...

«C’est un enchaînement d’étapes atypique. On ne sait pas trop à quoi s’attendre.» Thierry Gouvenou, responsable des parcours du Tour de France, est, comme beaucoup, impatient de voir ce qu’il va se passer ces deux prochains jours dans les Pyrénées. «Nous aurons droit à un marathon et à un sprint», résume Romain Bardet (3e du général). Présentation avec le guide Nicolas Portal, directeur sportif du team Sky, établi à Pau, qui a reconnu ces deux étapes méticuleusement (à vélo et en voiture).

Ce menu pyrénéen débute aujourd’hui entre Pau et Peyragudes par un tracé assez classique et très long (214,5 km, +3874 m) avec trois grands cols à franchir. «Après 140km, il y aura le col de Menté et sa descente dangereuse (réd: Luis Ocaña y était tombé en jaune en 1971), puis le port de Balès, long (réd: 11,7 km, 7,7% de moyenne) et dur», détaille Nicolas Portal. «En plus, sur ce col, le revêtement est granuleux et ne rend pas. Là, il n’y aura plus beaucoup de rouleurs dans le coup et les grimpeurs vont pouvoir s’exprimer. On verra si des équipes veulent attaquer dans cette partie. Si c’est le cas, nous n’aurons plus qu’à suivre.»

«Compliquée à gérer»

Les choses devraient se décanter dans le final. «Nous enchaînerons avec le col de Peyresourde (réd: 9,7 km, 7,8%). Il est assez dur au pied et le vent peut jouer un rôle. Après un replat, il se termine par des lacets assez difficiles. C’est en général à cet endroit que la bagarre éclate», anticipe Nicolas Portal. «Des gars comme Bardet ou Aru pourraient tenter leur chance. Après une descente assez courte, on tourne à gauche et on remonte directement vers l’arrivée à Peyragudes (réd: 2,4 km, 8,5%)

Les derniers kilomètres s’annoncent tendus. «Un attaquant pourrait arriver avec 20 secondes d’avance avant cette dernière montée pour aller chercher la victoire d’étape avec les bonifications en prime», craint Nicolas Portal. «La rampe finale avec 17% sur les 500 derniers mètres est terrible. Les gars devront fournir un effort très violent sur 1’20’’ environ et ce n’est pas évident après plus de 200km parcourus. Pour nous, ce sera une étape compliquée à gérer et dure.»

«Agir et ne pas subir»

La tactique de Froome et des siens sera défensive aujourd’hui. «Nous sommes dans une situation où nous n’avons pas absolument besoin d’attaquer puisque nous avons de l’avance sur nos adversaires», confirme Nicolas Portal. «Nous devrons surtout songer à contrôler et supporter le poids de la course.»

«C’est une vraie étape pour les grimpeurs», estime Romain Bardet, qui apprécie ce parcours. «Nous devrons agir et ne pas subir la course. Le style offensif de notre équipe est notre marque de fabrique, nous y resterons fidèles, tout en nous montrant créatifs.» Espérons que sa chute d’hier n’aura pas refroidi ses ardeurs.

La plus courte de l’histoire

Vendredi, le format sera réduit entre Saint-Girons et Foix (101 km, +3000 m environ). C’est tout simplement l’étape la plus courte de l’histoire du Tour. Le mur de Péguère (9,3 km, 7,9% de moyenne), franchi une première fois en 2015 où des clous sur la chaussée avaient semé la pagaille, en constituera la principale difficulté. «La route est très étroite et raide sur la fin (réd: passages à 18%), mais cette ascension est située à 27km de Foix, où l’arrivée aura lieu après une descente assez roulante», signale Nicolas Portal.

Dans un article paru dans «Velo Magazine», le Français détaille la méthode Sky: «Il faudra profiter des virages de la première partie de cette montée pour étirer tout le monde. L’enfilade des courbes est parfaite pour faire des ‘squizz’, accélérer en entrée de virage et prendre les gars en laisse.»

Froome sur ses gardes

Sur ce «sprint montagneux», le team Sky sera intransigeant. «Si nous pourrons laisser un peu de champ à nos rivaux ce jeudi, nous ne pourrons pas nous le permettre vendredi», confirme le directeur sportif. «En montagne, nous redoutons surtout les purs grimpeurs, comme Quintana, Aru et Bardet. Nous avons sorti du jeu Quintana, tout comme Contador, et nous n’aimerions pas les remettre dedans.»

Piégé dans une étape de ce style à la Vuelta 2016 (celle du Formigal, 118,5 km) suite à une offensive d’Alberto Contador suivi par le futur vainqueur Nairo Quintana, Chris Froome est sur ses gardes. «J’en ai tiré les leçons», assure le Britannique. «L’enchaînement d’une étape longue avec une très courte peut s’avérer très dangereux. Je ne m’attends pas à un tel scénario, mais nous serons attentifs. Je pense d’ailleurs que Contador va attaquer vendredi.» Malheureux sur ce Tour (lire à gauche, sous «Chutes»), le Madrilène attendra peut-être les Alpes pour attaquer. Mais en est-il encore capable?

Quoi qu’il en soit, l’enchaînement de ces deux étapes promet du spectacle et des surprises. «Je suis dans la forme de ma vie», annonce Froome pour décourager ses rivaux.

Un jeu d’enfant pour Marcel Kittel

Cinq Donc, Marcel Kittel est imbattable au sprint sur ce Tour de France. Hier, son plus sérieux rival a été le Polonais Macielj Bodnar. Le rescapé de l’échappée du jour s’est fait reprendre par la meute à un peu plus de 200 mètres de l’arrivée. Ensuite, l’ogre allemand, surpuissant et très bien placé, a avalé tout le monde pour cueillir son cinquième succès d’étape. L’aide de Philippe Gilbert a permis au sprinter germanique de rétablir une situation délicate. «Je suis comblé, c’est quand même incroyable d’être aidé par un ancien champion du monde», souligne le maillot vert. «Cela démontre notre esprit d’équipe.»

La formation Quick-Step a remporté hier son 40e succès de la saison. Cela ne signifie pas que le sprinter allemand portera encore le maillot du team belge en 2018. En attendant, il s’amuse bien. «Pour moi, le sprint, c’est comme jouer au Tetris, quand on sait exactement où l’on doit placer les pièces qui se présentent», lâche-t-il. Un jeu d’enfant, en somme.

Wyss progresse Comme la veille à Bergerac, Danilo Wyss a pris part à l’emballage final à Pau. Dix-septième mardi, le Vaudois a fini 10e hier. Une belle progression. «Comme mardi, je me sentais bien et j’ai encore tenté ma chance», livre l’Urbigène d’Estavayer-le-Lac. «L’arrivée était de nouveau dangereuse avec tous ces virages, mais j’aime ça. J’étais un peu mieux placé et j’ai pu me frayer un chemin au milieu de la route. Je suis content avec cette 10e place.» Il va devoir attendre quelques jours pour remettre ça.

Chutes Cette 11e étape a été marquée par plusieurs chutes. Parmi les favoris, Romain Bardet, Jakob Fuglsang et Alberto Contador sont tombés. Ils ont terminé l’étape tant bien que mal. Le Français, qui a chuté deux fois, était content d’en être sorti indemne. L’Espagnol ressent des douleurs à une hanche. «Ce Tour me pousse à bout psychologiquement et j’espère que cette malchance va s’arrêter», confie le «Pistolero», atteint autant mentalement que physiquement. Quant au Danois, il souffre de deux petites fractures (au scaphoïde et au coude gauches). Pas bon signe pour lui.

En chiffres

572  Km en échappée accumulés par le Belge Frederik Backaert de l’équipe invité Wanty. On peut dire qu’il a bien montré le maillot de son team.

235  Vélos contrôlés hier au départ de cette onzième étape à Eymet. Le commissaire UCI a prêté une attention spéciale à celui de Chris Froome (photo).

Pignons sur roue

LES PHRASES

«Au fond de lui, Chris Froome doit rêver de pouvoir gagner le Tour cinq fois et prouver qu’on peut le faire en étant propre.»
De Nicolas Portal, directeur sportif de Sky, à propos de son leader. «Ce serait sa plus grande fierté», ajoute le Français.

«Je voulais gagner pour mon équipe et mon père décédé il y a deux mois.»
De Maciej Bodnar, coureur polonais de la formation Bora, après avoir été repris à un peu plus 200 m de la ligne à Pau. Emouvant.

«J’ai roulé pendant cinq kilomètres sans selle»
D’Olivier Le Gac sur le plateau des «Rois de la pédale», sur Eurosport. Le coureur français a été pris dans une chute et a dû faire face à ce problème mécanique comme il a pu.

Abandon La 11e étape a été marquée par plusieurs chutes. La première survenue dans la zone de ravitaillement située après 94 km a été fatale à Dario Cataldo. L’Italien souffre d’un traumatisme au poignet gauche et il a été contraint à l’abandon alors qu’il participait à son premier Tour de France. Sale coup pour Astana.

Anniversaire Il y a 50 ans aujourd’hui, Tom Simpson mourait dans l’ascension du Mont-Ventoux sur le Tour de France. Plusieurs milliers de personnes graviront les pentes du géant de Provence aujourd’hui pour commémorer ce drame. «Il a représenté beaucoup de choses pour le cyclisme britannique et il nous a laissé cela en héritage», témoigne Chris Froome. L’exemple de son illustre aîné, qui a succombé à un abus d’amphétamines, n’est cependant pas à suivre.

A la maison  Richie Porte a déjà regagné son domicile monégasque. L’Australien espère remonter sur son vélo au début du mois d’août. Pas certain qu’il soit présent sur le Vuelta, mais ça se pourrait.

Retour  Peter Sagan sait lui quand il reprendra la compétition. Le Slovaque sera au départ du Tour du Benelux le 7 août. Il participera ensuite aux courses canadiennes (GP de Montréal et de Québec) afin de préparer les Mondiaux en Norvège, où il défendra sa double couronne.

Pèlerinage  Le Tour de France a traversé un lieu sacré pour les cyclistes. En passant par Labastide-d’Armagnac, ils ont aperçu la chapelle de Notre-Dame-des-Cyclistes baptisée ainsi par l’abbé Joseph Masie en 1958 pour honorer ces sportifs qu’il adorait, dont le regretté Luis Ocaña établi tout près de là. Un joli pèlerinage pour les amoureux de la Petite Reine.


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