11.07.2017, 00:01  

Une mise à niveau salutaire

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Au sein du peloton du Tour de France, tout le monde se tient désormais de près.

CYCLISME - Pourquoi un tel nivellement des forces dans le peloton du Tour?

«Ce Tour de France est très équilibré, personne n’arrive à faire vraiment la différence en montée et il se jouera peut-être plus en descente.» Troisième du général, Romain Bardet résume le sentiment général après 10 jours de course. De nombreux observateurs et connaisseurs constatent un nivellement des valeurs dans le peloton depuis deux ou trois ans. Quelles sont les raisons de ce phénomène? Tentatives d’explications.

«Les meilleurs se retrouvent ensemble sans pouvoir se...

«Ce Tour de France est très équilibré, personne n’arrive à faire vraiment la différence en montée et il se jouera peut-être plus en descente.» Troisième du général, Romain Bardet résume le sentiment général après 10 jours de course. De nombreux observateurs et connaisseurs constatent un nivellement des valeurs dans le peloton depuis deux ou trois ans. Quelles sont les raisons de ce phénomène? Tentatives d’explications.

«Les meilleurs se retrouvent ensemble sans pouvoir se départager. Le coureur ‘providentiel’ qui largue tout le monde et fait son numéro seul devant n’existe plus... pour le moment», remarque Fred Grappe, préparateur de la FdJ et professeur à l’Université des sports de Besançon. «Depuis 10 ans, la moyenne physique du peloton s’est largement améliorée», corrobore Danilo Wyss, professionnel depuis 2007. «Actuellement, mis à part quelques ténors, nous sommes tous plus ou moins au même niveau.»

«Ce nivellement s’est opéré ces cinq dernières années. On va dans le bon sens et cela apporte plus de crédibilité à notre sport», souligne Fred Grappe. Tout en étant conscient que cette théorie pourrait voler en éclats lors d’un prochain démarrage de Chris Froome, ou d’un de ses rivaux (Aru en tête), dans les Pyrénées ou dans les Alpes. Mais on n’en prend pas le chemin.

Mouchoir de poche

Comment donc expliquer cette mise à niveau salutaire? Première raison, l’amélioration de la préparation physique. «La prise en charge des coureurs par les équipes a totalement changé et beaucoup évolué», explique Fred Grappe. Maintenant, presque plus rien n’est laissé au hasard. Les coureurs doivent fournir leurs données d’entraînement quotidiennement. Tout est analysé pour arriver à une approche optimale avant chaque épreuve. «Les méthodes d’entraînement sont devenues communes. Chacun parvient à exploiter entre le 95% et le 100% du potentiel de chaque coureur. Les meilleurs mondiaux se tiennent dans un mouchoir de poche. Les grimpeurs n’arrivent ainsi plus à creuser les mêmes écarts qu’avant en montagne. Les différences surviennent surtout sur des coups tactiques ou sur des incidents de course.» On l’a constaté pas plus tard que dimanche.

Du coup, les anciens en perdent leur latin et le public parfois aussi. «La configuration des courses a changé», reprend le préparateur de la FdJ. «Certains commentateurs ont du mal à comprendre ce qu’il se passe.» Suivez son regard...

ça ne vaut pas la peine

Autre raison de ce nivellement, une lutte antidopage plus pointue. Vraiment? «Nous avons certainement atteint les limites de la performance humaine sans dopage», estime Fred Grappe. «Dans ce domaine, beaucoup de progrès ont été réalisés. La détection des produits et des méthodes a bien évolué. Le passeport biologique, grâce à son suivi longitudinal, permet de mieux cibler les contrôles. Les risques de se faire prendre ont considérablement augmenté. Pour les grandes écuries, le moindre pépin dans ce domaine peut avoir des conséquences désastreuses. Le jeu n’en vaut plus la chandelle.» Le cas de Cardoso, pris à l’EPO avant le Tour, rappelle que la prudence reste de mise tout de même.

Pourvu que ça dure...

Cela dit, le temps des grandes folies semble révolu. Un facteur déterminant a-t-il accentué cet effet dissuasif? «La détection de certains cas chez les petits coureurs, les gars en parlent dans le peloton», fait remarquer Martial Saugy, ancien directeur du Laboratoire antidopage de Lausanne et directeur du REDs à Lausanne*. «Le scandale russe a aussi eu un effet important. Plus personne ne veut agir ainsi. Ensuite, les révélations des Fancy Bears sur les pratiques troubles du Team Sky ont fait beaucoup parler. Le fait que l’on puisse retester certains échantillons engendre de la crainte. La politique très répressive de l’AMA (réd: Agence mondiale antidopage) produit aussi son effet, même si elle est peut-être temporaire.»

Fred Grappe partage l’avis du Vaudois concernant les affaires entourant le Team Sky et l’usage peut-être abusif des AUT (Autorisation à usage thérapeutique) par les leaders (Wiggins et Froome) de la formation britannique. «Cela a calmé le jeu», relève l’expert français. «L’utilisation de produits tels que les corticoïdes n’est pas insignifiante. Elle permet de repousser plus loin la douleur et ce n’est pas négligeable. En permettant ce genre de pratiques, on instaure un cyclisme à deux vitesses par rapport aux équipes qui les prohibent, comme celles faisant partie du MPCC (réd: Mouvement pour un cyclisme crédible)

Voilà pourquoi on assiste à un Tour de France très ouvert et indécis. Pourvu que ça dure...

* Centre de recherche et d’expertise des sciences antidopage.

majka renonce

Le Polonais Rafal Majka renonce à poursuivre le TdF, au lendemain de sa chute dans l’étape de Chambéry. L’équipe Bora, déjà privée de son chef de file, le champion du monde Peter Sagan (exclu après la 4e étape), a annoncé l’abandon de son grimpeur lors du jour de repos. Majka souffre de lourdes contusions et a perdu beaucoup de peau. ats

«Déçu mais chanceux»

un miraculé Richie Porte a passé sa première nuit à l’hôpital de Chambéry, où il devrait rester encore durant quelques jours, et le soulagement est de mise dans son cas. «Je suis très déçu d’avoir quitté le Tour de France de cette façon, mais après avoir regardé les images de ma chute, je m’estime chanceux de m’en être tiré avec les blessures dont je souffre (réd: fractures du bassin et d’une clavicule)», confie le champion australien dans un communiqué diffusé par son équipe. «Je me souviens de tout. Je pense avoir bloqué ma roue arrière et ensuite tout s’est passé très vite. Maintenant, j’espère bien me remettre de mes blessures et pouvoir revêtir encore le maillot de mon équipe d’ici la fin de l’année.» Chaque chose en son temps, surtout quand on est un miraculé.

Le coureur suisse Mathias Frank estime pour sa part que Richie Porte «a pris trop de risques dans cette descente. Il n’est pas toujours très à l’aise dans cet exercice. Pour ma part, je vais faire encore plus attention en descendant. Dimanche, je n’ai d’ailleurs pas eu beaucoup de plaisir dans ce genre d’exercice.» Mais tant qu’il y a du spectacle, tout le monde est content. Non? jce

L’avenir est dans le cerveau

Les préparateurs le disent, la préparation physique en tant que telle atteint ses limites. «Il n’y a plus de secret, on fait presque tous la même chose», avoue Fred Grappe. «Les solutions pour permettre une meilleure récupération se trouvent dans le cerveau. Cet organe gère la transmission de l’énergie physique. Certaines de ces zones sont encore peu explorées et leurs fonctionnements mal maîtrisés. Plusieurs recherches sont en cours, mais on tâtonne passablement.» Certains ont testé des casques permettant de stimuler les neurones chargés de transmettre ces impulsions, mais les effets réels restent flous. Les progrès pourraient être énormes dans ce domaine ces prochaines années. L’enchaînement des grands Tours deviendrait alors possible.

Attention, ici on ne parle pas de fatigue mentale. «Effectivement», souligne Fred Grappe, «ce n’est pas le même sujet. Par exemple, tout le monde pense que Thibaut Pinot avait craqué psychiquement et physiquement en2016 lorsqu’il a abandonné le Tour. Ce n’est pas vrai. Il était encore très motivé et ses muscles étaient en bon état. Simplement, cérébralement, il était épuisé. Maintenant, son problème est qu’il n’arrive pas à rebrancher son cerveau. Au lieu de 220 volts, ses neurones envoient des décharges de 180 volts. Il va devoir se faire encore violence pour retrouver le bon voltage, mais on ne sait pas exactement comment tout cela marche.» La résolution de ce genre d’énigmes permettra aux athlètes de réaliser d’immenses progrès. Le dopage cérébral est à nos portes et les neuroscientifiques en détiennent les secrets. Attention aux nouveaux apprentis sorciers! jce

 

En chiffres

51'660  Euros encaissés par l’équipe Quick-Step depuis le début du Tour, grâce surtout aux trois victoires de Marcel Kittel. La formation Bahrain-Merida arrive en queue de classement avec 1680 euros perçus, pour un total de primes de 352 200 euros distribués.

600  En km, le transfert réalisé entre dimanche et hier par les soigneurs, mécaniciens et autres membres des staffs des équipes, ainsi que par les suiveurs, entre Chambéry et Bergerac ou Périgueux. Costaud!

Les phrases

«Ce n’est pas mon histoire de remporter le Tour pour être le prochain Français à le gagner.»
De Romain Bardet (26 ans) après avoir signalé qu’il n’était pas né lorsque Bernard Hinault avait enlevé la dernière victoire française en 1985. L’Auvergnat rêve surtout de revêtir son premier maillot jaune sur le Tour cette année.

«Le vainqueur sera celui qui aura le meilleur mauvais jour.»
De Mathias Frank, coéquipier de Romain Bardet, après avoir regretté de ne pas avoir eu de meilleures jambes dimanche pour appuyer son leader. «J’espère que ça ira mieux dans les Pyrénées», lâche le Suisse de l’AG2R.

«Il y a un peu une règle non écrite suivant laquelle lorsque le leader de la course connaît cette sorte de problème, le peloton ne profite pas de la situation.»
De Chris Froome à propos de l’attaque de Fabio Aru dimanche dans le mont du Chat survenue alors que le Britannique connaissait un problème mécanique. «Ce n’est pas le genre de choses que j’aurais fait», ajoute Romain Bardet. Le Britannique répète aussi qu’il n’a pas bousculé volontairement l’Italien par la suite. Mhouais…


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