15.07.2017, 00:01  

«La situation actuelle est honteuse»

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Zvonimir Boban était le parrain de la volée 2017 du Centre international d’étude du sport.

FOOTBALL - Zvonimir Boban, ancienne gloire du Milan AC et actuel secrétaire général adjoint à la Fifa, était hier à Neuchâtel.

Une ombre surgit subitement dans la cour intérieure du Château. Puis un sourire, large et sincère, est venu inonder la place suivi juste après par un visage connu de tous les fans de football. Ancien métronome du grand Milan AC des années 1990 et actuel secrétaire général adjoint à la Fifa, Zvonimir Boban (48 ans) était de passage à...

Une ombre surgit subitement dans la cour intérieure du Château. Puis un sourire, large et sincère, est venu inonder la place suivi juste après par un visage connu de tous les fans de football. Ancien métronome du grand Milan AC des années 1990 et actuel secrétaire général adjoint à la Fifa, Zvonimir Boban (48 ans) était de passage à Neuchâtel.

Dans le costume élégant de parrain de la dernière volée du Centre international d’étude du sport (CIES), dont la cérémonie s’est déroulée hier. «Etre parrain signifie beaucoup pour moi. Je suis heureux et fier de voir les acteurs du sport de demain, dont certains contribueront sans nul doute au développement du football. Une génération compétente et dynamique, remplie de valeurs.»

Malgré un emploi du temps réglé à la seconde près, «Zorro» nous a accordé quelques minutes après avoir remis aux étudiants leur précieux masters. Avec ce franc-parler qui l’ont toujours caractérisé sur le terrain, et à la télévision italienne où il a officié pendant 13 ans comme consultant.

Zvonimir Boban, vous insistez sur cette notion de valeur. Dans ce domaine, vous êtes certainement la personne qui incarne le mieux le nouveau visage de la Fifa.

Ça, je ne le sais pas. Mais notre mission à laquelle nous nous attelons depuis une année est de donner une nouvelle image de l’institution mondiale. Notre politique est fondée sur une communication transparente, avec la vérité comme guide. Nous affrontons les problèmes, nous nous confrontons aux faits réels, appelons un chat un chat, et reconnaîtrons nos erreurs quand nous en commettrons. Ce qui a été fait par le passé fut très dommageable pour tous les acteurs du football. Nous n’avons pas de temps à perdre.

L’un de vos nombreux dossiers qui se trouvent sur le dessus de la pile est l’utilisation de la vidéo. Avec le président, vous en êtes un ardent défenseur…

La vidéo sert à éliminer les grandes erreurs, rien de plus. Et pourtant, ce serait déjà une étape incroyable pour le développement du football. Mais il y aura toujours des situations qui seront sujettes à interprétation, avec ou sans le recours à cette technologie. Lorsque j’étais consultant à la télévision, il m’est arrivé de débattre pendant 45 minutes sur un fait de jeu. Sur le plateau, personne n’était d’accord. Nous devons également combattre cette fausse idée qui dit que le football en perdrait en fluidité. Les essais effectués, concluants même s’il faut en améliorer la coordination, ont prouvé le contraire.

La déréglementation décidée par la Fifa en 2015 a accru encore davantage le pouvoir des agents de joueurs. Fléau du football-business ou symptômes de certaines dérives?

Je conviens que la situation actuelle est honteuse, que nous sommes allés trop loin. Mais je ne pointe pas spécialement les agents, car tout le monde est coupable: les joueurs, parents, agents, clubs et organisations. Le président Gianni Infantino réfléchit pour proposer rapidement une nouvelle réglementation visant à mieux encadrer la pratique des agents. Pour que le système soit plus décent, ou moins indécent.

Reste que le football est devenu une activité économique qui attire de nombreux investisseurs et conduit à des excès...

Je ne peux nier que le football soit aussi du business. Dans un sens, c’est normal que cela soit ainsi. La société actuelle ne jure que par l’argent, et le foot n’est hélas qu’un pan de cette dernière. Nous devons agir sur les jeunes pour que cela ne soit pas leur moteur principal dans leur carrière. J’espère que le respect et le sentiment d’appartenance reviennent vite au premier plan. Mais c’est compliqué.

En tant que joueur, vous avez pratiquement tout gagné avec le Milan AC, dont une Ligue des champions en 1994 contre Barcelone (4-0) et quatre titres de champion d’Italie. Quel est votre plus beau souvenir?

Mon premier match à Milan que j’ai eu la chance de disputer à San Siro (réd: contre le Slovan Bratislava le 4 novembre 1992). Commencer cette belle aventure sur ce terrain magique et marquer un but pour mes débuts constituaient un rêve. Après, la victoire en 1994 et le «scudetto» lors de la saison 1998-1999, qui fut ma meilleure sur le plan individuel, resteront à jamais graver dans mon cœur.

Et avec la Croatie?

Notre troisième place en France en 1998 pour notre première participation à une phase finale de Coupe du monde. Nous étions revenus au pays où nous attendaient 500 000 personnes. Sentimentalement et émotionnellement, c’était très fort.

En parlant de Coupe du monde, vous êtes pour un élargissement à 48 équipes...

Il faut garder à l’esprit que le niveau a beaucoup évolué ces dernières années partout dans le monde, et progressera encore plus vite dans les dix ans à venir. Ces seize nouvelles équipes seront constituées de très bons joueurs, capables de rivaliser avec les grandes nations. Je suis convaincu que ça ne diminuera pas le niveau global de la compétition. L’Islande, et pas seulement elle, l’a démontré à l’Euro. Pour l’anecdote, je pensais que seul Bob Marley tapait dans le ballon en Jamaïque. Lors de la Coupe du monde 1998, nous faisions toujours 0-0 à l’heure de jeu.

Neuchâtel Xamax, cela vous dit quelque chose?

Bien sûr, il fait partie des grands clubs historiques de Suisse. Je sais qu’il a fait faillite et qu’il est en train de revenir là où il doit être: en première division. Pour la confidence, je soutiens plutôt le FC Bâle. Simplement car j’ai vu une fois Roger Federer en porter l’écharpe. Et puisque le Rhénan est mon idole absolue...

Un coup de pied entré dans l’histoire

Adulé à l’époque pour sa maestria par tous les fans de football, Zvonimir Boban est un héros national en Croatie. Pour toujours. Il restera dans l’histoire comme le capitaine qui a osé se rebeller contre le pouvoir central. Rattachés à la Yougoslavie, les Croates votent à la majorité pour une indépendance de leur pays au début des années 1990. Une étincelle et les Balkans sont prêts à s’embraser. Le foot devient malgré lui l’arme politique des nationalistes. Quelques semaines plus tard, le Dinamo Zagreb de «Zorro» affronte l’Etoile rouge de Belgrade. Les forces de l’ordre restent impassibles devant le déchaînement des hooligans serbes. Pire, les Croates sont attaqués par les forces de l’ordre. Boban, 19 ans à l’époque, réplique en assénant un coup de pied à un membre des forces de l’ordre. «Je n’aime pas m’étendre sur le sujet, car je ne suis pas un héros. Des milliers de gens ont fait la même chose pour sauver leur peau. La différence entre eux et moi? Je portais le numéro 10.»


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