20.05.2017, 00:01  

Parcours aux confins de l’étrange

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Les Helvètes pourraient bien avoir un rôle à jouer lors des prochains Jeux olympiques.

 20.05.2017, 00:01   Parcours aux confins de l’étrange

HOCKEY - La Suisse a quitté Paris avec le sentiment du devoir accompli. Vraiment?

L’équipe de Suisse lorgnera-t-elle sur les médailles, l’année prochaine, aux Jeux olympiques de PyeongChang? Saugrenue de prime abord, la question est légitime. Eliminée en quarts de finale des Mondiaux 2017, la sélection nationale est tombée contre une Suède saturée de stars de NHL, des caïds tels que Niklas Bäckström, William Nylander et Alexander Edler, chacun auteur d’un but jeudi...

L’équipe de Suisse lorgnera-t-elle sur les médailles, l’année prochaine, aux Jeux olympiques de PyeongChang? Saugrenue de prime abord, la question est légitime. Eliminée en quarts de finale des Mondiaux 2017, la sélection nationale est tombée contre une Suède saturée de stars de NHL, des caïds tels que Niklas Bäckström, William Nylander et Alexander Edler, chacun auteur d’un but jeudi soir (3-1). Plus tôt dans le tournoi, les ouailles de Patrick Fischer avaient, à la surprise générale, mâté le Canada, dont l’effectif est composé uniquement de salariés de la prestigieuse ligue.

Dans moins d’une année, il y a fort à parier que les employés fortunés du circuit Bettman boudent le tournoi olympique en Corée du Sud, contraints et forcés. «J’espère que les joueurs de NHL seront présents à PyeongChang», indique Patrick Fischer. «Pour moi, les Jeux olympiques, c’est les meilleurs contre les meilleurs.» A Paris, le Zougois n’a pu compter que sur un seul légionnaire exilé en NHL, le néophyte de 20 ans Denis Malgin (Florida Panthers).

Réalité et rancœur

Les étoiles de NHL retranchées, la Suisse nourrirait de réelles chances de s’installer très haut dans la hiérarchie olympique. Derrière les grosses écuries, où seule la Russie s’appuie en grande partie sur des produits du terroir, l’équipe nationale va boucler les Mondiaux franco-allemands – le tournoi se conclut ce week-end à Cologne – à une très honnête sixième place, soit cinq rangs de mieux que douze mois auparavant en Russie. Très bien. Sauf que... C’est face aux nations dites petites, qui travaillent pratiquement sans stars de NHL, qu’elle a toussé sur la glace parisienne. Un curieux paradoxe.

«Malgré des hauts et des bas, l’équipe s’est bien développée au fil de la compétition», souligne Patrick Fischer. «Mais notre élimination fait très mal, on tenait tellement à aller à Cologne.» De zéro à héros, ou presque, le Zougois de 41 ans est passé, en deux semaines, par tous les états d’âme. Blême après la défaite contre la France durant le tour préliminaire, limite régleur de comptes après le quart de finale perdu face à la Suède, il tient rancœur aux pisse-vinaigre qui ont, à juste titre, souligné la pauvreté du jeu helvétique de début tournoi.

La brutalité émotionnelle des Mondiaux génère des montagnes russes. Un jour avec, un jour sans, un jour verni un jour maudit, c’est l’apanage des nations entre-deux, habitat naturel de l’équipe nationale. «Mais la différence entre la Suisse et les grandes nations s’estompe, elle n’est plus aussi évidente qu’auparavant. Nous gardons déjà davantage le puck face aux meilleures équipes, ce qui est un pas dans la bonne direction», observe Patrick Fischer. «Nous devons encore nous améliorer, particulièrement en jeu de puissance. Nous devons aussi apprendre à nous montrer plus agressifs sur les rebonds, devant le but adverse.» Là où ça fait mal.

Au-delà du cirque médiatiquo-tactico-politico-stratégique, les qualités de meneur d’hommes de Patrick Fischer ont presque accouché d’un petit miracle. Intrinsèquement, la sélection nationale version Mondiaux 2017 n’avait rien de très sexy. Le Zougois a pris ce matériel humain, l’a brassé et malaxé, en a saisi le fonctionnement, avant d’en extraire la substantifique moelle. Le coach a sacrifié le talent individuel sur l’autel de l’effort collectif – ce qu’un Denis Malgin, par exemple, n’a pas capté.

Partie de poker

Le fiasco intégral de la Deutchland Cup en novembre dernier, tournoi durant lequel Patrick Fischer s’était mis en tête d’assurer le spectacle avec un hockey tourné vers l’offensive, engendre aujourd’hui des effets salutaires. «C’est un super groupe, qui aurait mérité de poursuivre l’aventure, tant chaque joueur a travaillé dur. Aucun nom ne ressort, je suis fier de chacun», souligne le chef.

Le contrat de Patrick Fischer porte jusqu’à la fin des Mondiaux 2018 au Danemark. Pour le laisser développer sa philosophie sans pression, il a besoin de temps, d’une entente à long terme. En coulisses, il se dit que son agent Daniel Giger – un autre Zougois – a déjà lancé la partie de poker. Il a suffi d’un but de Fabrice Herzog, en prolongation face au Canada, pour que le monde de Patrick Fischer change. En équipe de Suisse encore plus qu’ailleurs, la frontière entre succès et échec est infime. A l’échelle du nanomètre.

L’Aviateur Vincent Praplan crève l’écran

Vingt-cinq joueurs, des coaches, un staff, l’équipe de Suisse, c’est un tout. Au gros trait, de manière complètement suggestive, les quelques têtes qui ont dépassé, dans un sens ou dans l’autre, durant la quinzaine parisienne.

Vincent Praplan. Au four et au moulin, l’attaquant de Kloten s’est autant sacrifié pour l’équipe – quel travail – qu’il a alimenté ses statistiques personnelles (8 matches, 4 buts et 3 assists, +6). Des premiers Mondiaux de feu pour le Valaisan de 22 ans.

Reto Schäppi. Le colosse de l’offensive de Zurich s’installe de plus en plus comme un élément incontournable en équipe de Suisse. A 26 ans, il boucle son quatrième tournoi planétaire. Centre ou ailier, il personnifie le don de soi pour le bien de l’ensemble.

Gaëtan Haas. A côté de ses patins il y a un an à Moscou, l’attaquant de Bienne a pris une nouvelle dimension à Paris. Face à la Suède, «il a été sensationnel», dira Patrick Fischer. Potentiel centre No 1 de la sélection durant la prochaine décennie.

Denis Malgin. Estampillé joueur de NHL, le Soleurois de 20 ans n’a jamais trouvé sa place, son style, son rôle. Pétri de talent, sorte d’Artemi Panarin du pauvre, le Russe d’origine doit comprendre qu’en sélection, l’individu se fond dans un tout. L’avenir lui appartient.

Le duo Loeffel-Genazzi. 25’21’’ pour le premier, 22’20’’ pour le second: c’est le temps de jeu dont Romain Loeffel et Joël Genazzi ont joui jeudi face à la Suède. Symptomatique. Duo explosif de défenseurs dits offensifs, ils ont épaté par leur solidité et leur connivence.

Jonas Hiller. Reverra-t-on l’Appenzellois en équipe de Suisse? A 35 ans, le gardien de Bienne a foiré son rendez-vous parisien. Le lien avec Fischer semble s’être brisé après 6’28’’ et deux buts face au Canada. La blessure qui l’a enquiquinée paraît davantage morale que physique.

Une Finale avant l’heure

Le Canada et la Russie, que tout le monde voyait se disputer l’or des Mondiaux, s’affronteront dès les demi-finales, aujourd’hui (15h15) à Cologne. L’autre affiche opposera la Suède et la Finlande (19h15). C’est un faux-pas des Russes contre les Etats-Unis en poule qui a débouché sur cette finale avant la lettre. L’opposition de style devrait donner un match spectaculaire. Même avec leur sélection 100% NHL, les Canadiens ont dû batailler plusieurs fois dans leur groupe à Paris et ont même perdu un match contre la Suisse (3-2 ap). En quarts de finale, les Allemands ont fait durer le suspense jusqu’à la fin en ne s’inclinant que 2-1. Chez les Russes, c’est aussi un joueur de NHL, Artemi Panarine, qui crève l’écran. L’attaquant de Chicago est le meilleur compteur du tournoi avec 14 points (4 buts).

Festival de cannes

septième Grâce à son accession aux quarts de finale et à son sixième rang final, la Suisse conservera sa septième place au classement mondial. Le retard sur la République tchèque, sixième, est grand avec 195 points. L’avance sur l’Allemagne, 8e, est de 45 points, ce qui correspond à plus de deux rangs de mieux dans des championnats du monde ou un tournoi olympique.


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