04.07.2017, 09:00  

Exil forcé pour un champion neuchâtelois en devenir

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 04.07.2017, 09:00   Exil forcé pour un champion neuchâtelois en devenir

Compétitions - Le Neuchâtelois Alec Enderli a couru "à domicile" le week-end dernier. Une exception pour assouvir sa passion du jet-ski.

Debout sur son engin, drapeau à damier en main, il longe la rive en tête de file, sous les applaudissements du public. Alec Enderli (17 ans) a frappé fort le week-end passé à Estavayer-le-Lac. "A domicile", le résident des Ponts-de-Martel a remporté les catégories GP2 et GP3.

Après une première étape disputée à Daytona Beach (USA), le P1 Jetcross Pro World Tour était de passage en Suisse et a ouvert ses portes aux concurrents du P1 Jetcross...

Debout sur son engin, drapeau à damier en main, il longe la rive en tête de file, sous les applaudissements du public. Alec Enderli (17 ans) a frappé fort le week-end passé à Estavayer-le-Lac. "A domicile", le résident des Ponts-de-Martel a remporté les catégories GP2 et GP3.

Après une première étape disputée à Daytona Beach (USA), le P1 Jetcross Pro World Tour était de passage en Suisse et a ouvert ses portes aux concurrents du P1 Jetcross National Europe. "C’est ma meilleure saison, je suis au sommet de ma forme", assure celui qui est également leader du championnat de France (voir ci-dessous).

"Concourir à Estavayer était superagréable, j’ai eu de bonnes sensations et j’en ai profité pour revoir des gens que je n’ai plus l’habitude de voir. Ici les conditions sont bien particulières, le plan d’eau est réputé pour être dur. Tant que l’on respecte l’endroit, on devrait garder cette étape."

Crédit: Lucas Vuitel

Avec l’aide d’un cador

Apprenti électricien dans le canton, Alec Enderli s’entraîne deux fois par semaine avec son équipe des novices A du HC Le Locle. Des séances de musculation et du VTT complètent le programme hebdomadaire, car "le jet-ski demande une grosse condition physique, notamment au niveau du tronc".

La pratique de la discipline étant interdite en Suisse hors autorisation spéciale (voir ci-dessous), le Pontlier est obligé de s’exiler dans une gravière – qui se remplit généralement naturellement d’eau – près de Dijon (FRA) durant le week-end pour travailler sa technique. "Je m’entraîne beaucoup en début de saison. Ensuite on a moins de temps, à cause des compétitions. Je dois d’ailleurs remercier mon entreprise, qui me permet de prendre des congés. Tous les pratiquants suisses de jet-ski n’ont pas cette chance."

Crédit: Lucas Vuitel

Passion coûteuse

En Côte-d’Or, le Français Jérémy Poret, une des références mondiales de la discipline, distille ses conseils au jeune Neuchâtelois. Lors de la remise des prix dimanche à Estavayer, le quadruple champion du monde (sous l’égide de l’Union internationale motonautique) a offert une combinaison complète à Alec Enderli, qu’il considère comme l’un des plus sûrs espoirs du jet-ski. Joli signe de reconnaissance.

La saison prochaine, le hockeyeur loclois quittera sa catégorie GP3 pour "monter" en GP2, car "c’est le bon moment". Une promotion qui fera encore augmenter les coûts annuels. «Une saison me revient à environ 20 000 francs. Une machine de GP3 était vendue 5000 francs, mais elles ne sont plus dans le commerce. En GP2, il faut compter 12'000 francs par engin.» Un budget essentiellement couvert par les parents du jeune Neuchâtelois, qui bénéficie également du soutien d’une grande chaîne de stations-service suisse et d’une carrosserie de La Brévine.

"Et j’aide quand je le peux. C’est la passion qui me pousse", précise Alec Enderli. "Les sponsors ne sont pas attirés par le jet-ski. Personne ne peut en vivre. Ma deuxième place aux championnats du monde en juin à Porto Cesareo (ITA) m’a rapporté 800 francs. Ce n’est clairement pas assez. Jérémy Poret parvient à s’auto-financer, c’est déjà magnifique."

Mais au fait, Alec, comment tombe-t-on dans la marmite du jet-ski lorsque l’on réside dans la Vallée des Ponts? "Mon père faisait du moto-cross, un sport réputé pour les blessures. Il était ‘cassé’ mais il souhaitait garder les sensations. Alors il s’est mis au jet-ski et il m’emmenait partout avec lui. J’en ai toujours fait, mais c’est à l’âge de 8 ans que j’ai commencé les compétitions et en 2014 que je m’y suis mis sérieusement."

Le P1 Jetcross Pro World Tour se poursuivra les 29 et 30 juillet à Vichy, en France.

Une interdiction suisse qui demeure incompréhensible

La pratique du jet-ski est interdite sur tous les plans d’eau helvétiques, même dans les gravières. Le week-end passé, les organisateurs du Jetcross Tour ont bénéficié d’une autorisation spéciale délivrée par l’Office de la circulation et de la navigation du canton de Fribourg. Si la question reste ouverte du côté français du lac Léman, la cause semble figée en Suisse. "Il y a une vingtaine d’années, des gens ont essayé d’obtenir une autorisation pour s’entraîner. Ils ne voulaient pas faire n’importe quoi. Mais les médias ont eu un rôle important et ont fait échouer les démarches", regrette le jeune talent neuchâtelois Alec Enderli.

"J’ai essayé de faire bouger les choses, mais la décision avait été prise par le Conseil fédéral. Il faut du temps, des soutiens et de l’argent, c’est difficile…" Les arguments avancés par les opposants (bruit, pollution et érosion des rives) sont loin de convaincre le résident des Ponts-de-Martel. "Comme vous avez pu le constater durant ce week-end, les machines font peu de bruit. J’ai lu des articles qui disaient qu’un jet-ski pollue moins qu’un voilier! Je pollue beaucoup plus lorsque je dois faire les allers-retours en voiture jusqu’à Dijon pour m’entraîner. Quant à l’érosion des rives, c’est incompréhensible…"

Mais encore...

CHIFFREs Dans la catégorie GP3, le jeune Neuchâtelois Alec Enderli concourt sur des engins à moteur 800cm3 (80 chevaux, deux temps) pesant plus de 150 kg et atteignant les 80km/h. En GP2, la vitesse en compétition est de 100 km/h. Arrêtées, les machines n’ont besoin que de… trois secondes pour atteindre cette allure.

FRANCe Le championnat de Suisse n’existant plus depuis 2015 (même s’il y a toujours une fédération), Alec Enderli se mesure aux Français. Après deux épreuves (sur quatre), le Pontlier est en tête et pourrait donc être sacré champion de France à l’issue de la saison.


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