15.04.2017, 00:01  

«Pratiquement tout m’a surpris!»

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Roger Federer à Zurich avant son récent match exhibition contre Andy Murray.
Par ats

TENNIS - Roger Federer revient sur son début de saison phénoménal. Décision au sujet de Roland-Garros le 10 mai.

Roger Federer va rejoindre son camp de base de Dubaï pour préparer la suite de sa saison en compagnie de son préparateur physique Pierre Paganini. Mais avant de quitter la Suisse, le Bâlois a convié une poignée de journalistes dans sa maison de Lenzerheide, sur invitation des organisateurs du tournoi de Stuttgart (Mercedes Cup) qui sera son premier sur gazon à la mi-juin. Titré à Melbourne, Indian Wells et Miami cette année, il a souligné qu’il n’allait pas modifier son calendrier malgré la perspective de redevenir No 1 mondial. Il prendra une décision concernant sa participation à Roland-Garros le 10 mai.

Roger Federer, vous étiez déjà venu vous ressourcer à Lenzerheide après l’Open d’Australie. La montagne vous redonne-t-elle des forces?

C’était vraiment spécial de revenir ici après l’Australie. J’ai vraiment pu me relaxer et m’accorder un break. Auparavant, après mes grandes victoires, soit on organisait une grande fête, soit je devais penser au tournoi qui suivait. Et cela ne s’arrêtait jamais. Cette fois, j’ai pu rentrer en Suisse, me reposer pendant trois semaines et prendre le temps d’apprécier ce que j’avais accompli. Ce titre en Grand Chelem était très spécial. C’était une très grande victoire personnelle. Les sensations étaient différentes à mon retour des Etats-Unis: j’avais plutôt l’impression de rentrer de vacances! Mais je vis avant tout des moments merveilleux avec toutes ces victoires.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris depuis votre retour?

Pratiquement tout m’a surpris! Le fait que mon corps a tout supporté, que j’étais à 100% sur le plan mental à chaque sortie, que j’ai obtenu d’immenses succès et que j’ai évolué au plus haut niveau à chaque match. La seule chose qui ne m’a pas surpris, c’est d’avoir tout de suite retrouvé le plaisir de jouer en compétition.

Votre come-back est l’un des plus retentissants de l’histoire du sport, et les retours de ce genre fascinent le public. Avez-vous l’impression qu’il vous a rendu plus populaire encore?

Je n’avais jusqu’ici pas conscience du côté fascinant d’un come-back. Quand quelqu’un gagne toujours tout en dominant tous ses rivaux, c’est une autre histoire. Mais quand les succès sont le fruit d’un dur labeur, cela permet à chacun de s’identifier. Ma popularité est effectivement très grande en ce moment. J’espère que cela se calmera un peu. Mais c’est vraiment impressionnant de voir combien de personnes se réjouissent pour moi.

Vous ne jouerez pas de tournoi jusqu’à Roland-Garros. Comment suivrez-vous la saison sur terre battue?

Encore faut-il que je la suive... Nous partirons pour Dubaï dans les prochains jours avec Pierre Paganini. A Dubaï, je regarde en général très peu la télévision. Je ne regarderai certainement pas beaucoup de matches. Pas parce que je n’en ai pas envie, mais parce que j’aurai d’autres choses à faire. Mais je vais m’intéresser aux résultats. Qui perdra beaucoup? Qui gagnera beaucoup?

Auriez-vous également renoncé à la saison sur terre battue si vous n’aviez pas réalisé un début d’année aussi extraordinaire?

Si j’avais perdu à chaque fois au premier tour, j’aurais probablement cherché à jouer plus de matches. Mais à l’interne, nous avions très rapidement pris la décision de disputer au maximum deux tournois sur terre, voire un seul ou même aucun. En plus, nous avions d’entrée de jeu prévu une phase de préparation physique pendant la saison sur terre battue. C’est le moment idéal, car après Wimbledon, tu n’as que peu de temps pour t’entraîner. Les choses sont simples: mon genou a beaucoup souffert l’an dernier lorsque je jouais sur terre battue. Mes proches ont également constaté que cela m’avait coûté beaucoup d’énergie, énergie qui m’avait manqué par la suite. Je leur ai même dit que je préférerais ne disputer aucun tournoi sur terre. Je serai inspiré et motivé à mon retour, peut-être avec de nouvelles idées. Cela a plutôt bien fonctionné la dernière fois.

Est-il certain que vous serez engagé à Roland-Garros (22 mai-11 juin)?

Nous prendrons une décision définitive le 10 mai, à la fin de mon camp d’entraînement à Dubaï. Nous déciderons alors de passer ou non à la terre battue. Le plus important sera de voir comment je me sens. Pour l’heure, mon intention est de disputer Roland-Garros. Mais la possibilité d’y renoncer existe toujours. Ma pause durerait alors dix semaines, au lieu de sept. Mais une chose est sûre, je ne vais pas jouer juste pour faire de la figuration.

Si vous disputez Roland-Garros, ce sera sans avoir joué le moindre match sur terre battue. Pourrez-vous objectivement vous montrer ambitieux dans ces conditions?

Je peux reproduire sur terre battue le tennis offensif que je joue sur dur. Cela fonctionne. Si la météo est sèche à Paris, les conditions de jeu seront rapides, peut-être même plus qu’à Wimbledon. Cela serait très intéressant de voir comment je peux évoluer sur terre battue. De toute façon, le but est de continuer à jouer un tennis offensif afin de ne pas avoir à changer radicalement mon approche du jeu lorsque je jouerai sur gazon. J’ai prouvé en 2009 qu’on pouvait remporter Roland-Garros en pratiquant ce tennis. ats

La période de doute

Vous n’êtes pas encore redescendu de votre nuage. Mais vous avez certainement dû vivre des moments difficiles l’an dernier...

Il y a eu beaucoup de moments pénibles. Quand j’ai dû me résoudre à me faire opérer en février, je ne savais pas comment mon corps allait réagir. Je pouvais à peine bouger le pied à un moment donné. Je me disais «Oh mon dieu!» J’étais très triste et doutais du fait que ma situation allait s’améliorer. Ma jambe s’est cependant rapidement remise. Le plus dur, toutefois, ce fut lorsque j’ai compris que je ne pouvais plus me fier à mon corps. Mon corps faisait ce qu’il voulait.

C’en était trop. J’avais alors souvent du liquide dans mon genou. Je devais m’entraîner, mais je n’étais pas en mesure de le faire. Les douleurs au dos sont ensuite apparues. J’ai pourtant dû beaucoup jouer, car Wimbledon était mon grand objectif. Mais après Wimbledon, les choses étaient simples: je ne pouvais plus continuer ainsi. Ma grande chance fut de ne pas devoir subir une nouvelle opération. Je devais simplement m’accorder une vraie période de repos. Au final, toutes nos décisions ont été les bonnes.

La chasse à la première place

Allez-vous redevenir No1 mondial?

Ce serait beau! Je fais tout pour être en forme à Wimbledon. Pour le moment, tous les éléments semblent réunis pour que je puisse retrouver cette place de No 1. Mais je renonce à trois Masters 1000 sur terre battue. Et si tu ne joues pas, ce sont les autres qui gagnent. Et tout à coup, tu te retrouves à nouveau distancé au classement. J’aurai en tout cas besoin de gagner un grand titre supplémentaire pour redevenir No 1. Je devrai à nouveau réaliser de grandes choses, que ce soit à Wimbledon, à l’US Open ou au Masters de Londres en novembre. Des places de demi-finaliste ne suffiront pas.

Mais cette place de No1 vous excite-t-elle toujours?

Oui, bien sûr! Mais mon principal moteur, ce qui m’excite comme vous dites, c’est de gagner des titres. Et si je brille dans les tournois les plus importants, le classement suivra forcément.

Peut-on imaginer pour vous une fin à la Nico Rosberg, qui a arrêté sa carrière juste après avoir décroché le titre mondial en Formule 1?

Je n’ai encore jamais réfléchi à cela. On prend ce genre de décision sur le coup. Mais mes projets vont bien au-delà de Wimbledon. Je suis déjà en train de planifier le début de la prochaine saison. Je ne crois pas que des victoires changeront quoi que ce soit à mes projets. Ce ne sont pas des victoires ou des défaites qui me pousseront à mettre fin à ma carrière. Ce sera plutôt ma tête ou mon corps qui me dira qu’il est temps d’arrêter. Mon but n’est pas non plus de m’en aller sur un dernier grand coup d’éclat. Toute ma vie j’aurai envie de jouer au tennis. Je jouerai tant que j’ai du succès et que cela me procure du plaisir, à moi et à ma famille. Je ne pense pas avoir besoin de faire des adieux particuliers quand je quitterai le circuit.


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