17.07.2017, 00:01  

Un tour de «grand huit» parfait

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Sur le T-shirt qu’il a arboré en conférence de presse, le «G» de Roger a été remplacé par un «8». Huit comme le nombre de sacres de Roger Federer (ATP 5) à Wimbledon, dont il est désormais le vainqueur le plus âgé de l’ère Open, qui débute en 1968. Hier, pour sa 11e finale sur le gazon du «centre...

Sur le T-shirt qu’il a arboré en conférence de presse, le «G» de Roger a été remplacé par un «8». Huit comme le nombre de sacres de Roger Federer (ATP 5) à Wimbledon, dont il est désormais le vainqueur le plus âgé de l’ère Open, qui débute en 1968. Hier, pour sa 11e finale sur le gazon du «centre court», le Bâlois n’a jamais tremblé, si ce n’est lors des quatre premiers jeux que Marin Cilic (ATP 6) aurait pu tous remporter. Alors, le scénario prenait une vilaine tournure pour le géant croate, qui n’a pu que jouer les faire-valoir. 6-3 6-1 6-4 en 1h41: du travail vite fait, bien fait, à l’image d’un tournoi qui aura vu l’homme aux 19 titres du Grand Chelem ne perdre aucun set en route. Après s’être déjà adugé l’Open d’Australie, voilà que Roger Federer s’offre un tour de «grand huit» parfait sur son terrain de jeu préféré.

En 2001, vous battiez Pete Sampras sur ce même court central. Alors, vous pensiez-vous capable de remporter huit titres à Wimbledon?

Absolument pas. A cette époque, j’espérais seulement atteindre la finale un jour, pour me donner une chance de la gagner. Remporter huit titres à Wimbledon est quelque chose que vous ne pouvez pas planifier. Si vous le faites, c’est que vous êtes un enfant qui a commencé le tennis à 3 ans et que vos parents vous considèrent comme une sorte de projet. Moi, je n’étais pas cet enfant-là. J’étais un garçon normal, qui espérait simplement faire carrière dans le tennis.

Huit, ce chiffre est-il magique à vos yeux?

Wimbledon est et sera toujours mon tournoi préféré. Mes héros (réd: Becker, Edberg, Sampras) ont foulé ce même gazon. C’est aussi grâce à eux si je suis devenu le joueur que je suis aujourd’hui. Ecrire l’histoire dans un endroit aussi mythique est forcément spécial mais j’avoue ne pas y avoir pensé pendant la cérémonie. La joie de pouvoir à nouveau soulever ce trophée, cinq ans après, suffisait à mon bonheur.

Pourquoi pensez-vous être le joueur que vous êtes devenu? Autrement dit: pourquoi êtes-vous aussi fort?

Ma première réponse tient en un seul mot: la constance. Je suis bien sûr conscient d’avoir été béni, si je peux m’exprimer ainsi. Mais le talent seul ne te permet pas de durer aussi longtemps. Je me suis beaucoup entraîné et, surtout, j’ai toujours eu les bonnes personnes à mes côtés: chacun de mes entraîneurs m’a permis de faire un pas en avant. Enfin, je n’ai jamais eu peur des grands courts ou des grandes occasions. Affronter les meilleurs m’a toujours rendu meilleur.

Il y a un an, vous quittiez Wimbledon le genou en vrac. Depuis, vous avez ajouté deux titres du Grand Chelem à votre palmarès, ce qui en surprend plus d’un. Et vous?

Je suis même incroyablement surpris. Surpris de tout, en fait. De la manière dont je joue et dont je parviens à gérer les situations un peu plus tendues. C’est comme si je n’avais jamais arrêté.

La décision de prendre une pause de six mois, l’an passé, a finalement été la bonne…

Mon état physique l’exigeait. L’intérêt était de me retaper complètement. Je l’ai fait, même au-delà de mes espérances.

Et vous voyez-vous jouer au tennis jusqu’à 40 ans?

Je pourrais ne plus jouer pendant 300 jours, me cacher dans un frigo et n’en ressortir que pour préparer Wimbledon. Ainsi, je serais sûr de ne pas me blesser (rires). Mais jouer Wimbledon et gagner Wimbledon sont deux choses différentes. N’oubliez jamais ça.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer, encore et encore?

D’abord l’amour du jeu. Mais aussi une équipe formidable. Et une épouse qui est mon premier supporter et qui accepte totalement la vie que nous menons. J’aime m’entraîner, voyager... Mais parce que j’inscris maintenant moins de tournois à mon calendrier, j’ai forcément davantage de temps à consacrer ma famille. En quelque sorte, je travaille à 50%. Et j’adore ça!

Garbine Muguruza a tout: talent, puissance et aplomb

finale dames Le 4 juin, elle quittait Roland-Garros en larmes, dépossédée de son titre et choquée par le traitement que lui avait réservé le public parisien, qui n’avait cessé de la houspiller lors de son 8e de finale perdu face à la Française Kristina Mladenovic. A cette ambiance de corrida, Garbine Muguruza (WTA 15), aussi sûre d’elle soit-elle (c’est l’impression qu’elle dégage), n’avait que très peu goûté. Jusqu’à éclater en sanglots en conférence de presse.

Samedi à Wimbledon, la citoyenne de Genève, où elle réside officiellement, a encore une fois pleuré. Mais de joie. A peine le revers de Venus Williams (WTA 11) confirmé hors des limites du terrain – car la balle de match a nécessité l’arbitrage vidéo – que l’Espagnole de 23 ans tombait à genoux après avoir jeté un regard incrédule vers son clan. Déjà, son adversaire l’attendait près du filet pour lui serrer la main et lui souffler un mot gentil, comme l’Américaine (37 ans) a pris l’habitude de le faire. La défaite est sévère (7-5 6-0), mais l’instant empli de dignité. Voici Garbine Muguruza membre honoraire du All England Club, là même où elle s’était inclinée en finale deux ans plus tôt, devant une Williams déjà: Serena.

De la famille Williams, parlons-en. Née d’un père basque et d’une mère vénézuélienne, un mélange que l’on qualifiera, sans mauvais jeu de mots, de détonant, Garbine Muguruza a ceci de particulier qu’elle est la première joueuse à battre les deux sœurs en finale d’un tournoi majeur, chose que personne, pas même Martina Hingis, Lindsey Davenport, Justine Hénin, Kim Clijsters ou Maria Sharapova n’avaient jamais réussi. L’exploit est d’autant plus émouvant que Garbine Muguruza avoue avoir grandi avec elles. Par (petit) écran interposé.

«J’ai deux grands frères, donc je regardais souvent le tennis masculin à la télévision. Mais, côté féminin, Venus et Serena étaient les exemples à suivre car elles gagnaient tout. J’ai une profonde admiration pour elles, pour ce qu’elles ont accompli.» L’Espagnole ira jusqu’à prétendre qu’elle se faisait un plaisir d’affronter l’aînée, dont l’histoire – une «success story» – sur le gazon de Church Road, où elle s’est imposée à cinq reprises, aurait pu pourtant en effrayer plus d’une. Pas Garbine Muguruza qui, après avoir sauvé deux balles de premier set à 5-4, s’est au contraire montrée sans pitié. «Quand il a fallu effacer ces deux balles de break, rien ne m’a traversé l’esprit. Je me suis seulement dit: c’est normal, car ce n’est pas n’importe qui en face. Je me réjouissais vraiment d’affronter Venus, pour la simple et bonne raison que l’on veut toujours se mesurer aux meilleures lors de moments aussi importants.»

Le compliment est d’autant plus recevable et précieux qu’il sort de la bouche de celle qui, en l’absence de Serena Williams, enceinte de son premier enfant, a tout pour devenir la prochaine patronne du tennis féminin: le talent, la puissance et l’aplomb.

Et Cilic, touché au pied, se mit à pleurer

Après avoir remporté le premier set 6-3, Federer mène 3-0 dans le deuxième. Moment que choisit Cilic pour faire appel au physiothérapeute. Il pleure. Crise de nerfs ou de panique, penseront les uns, parmi lesquels John McEnroe au micro de la BBC. Cruel instant de lucidité, en vérité: la finale a à peine commencé que le Croate, blessé au pied gauche, sait déjà qu’il ne sortira pas du court central en vainqueur. «Une vilaine cloque, qui s’était déjà ouverte après la demi-finale», explique-t-il. «Malgré tous les traitements que j’ai pu recevoir, la douleur était toujours vive et m’empêchait d’être réactif sur mes appuis. Etre incapable de jouer son meilleur tennis lors d’un jour aussi important est terriblement difficile à vivre, c’est pourquoi j’ai craqué.»

Loin d’être rattrapé par le prestige du lieu ou le poids de l’enjeu, Cilic s’était pourtant ménagé la première balle de break. A 2-1 dans la manche initiale. Une fois son revers manqué, il n’aura plus guère d’occasions de perturber un Federer qui, alors, multipliait les «komm jetzt!» d’encouragement, signe qu’il était loin d’être souverain. Le Bâlois le sera bientôt. Imperturbable sur sa mise en jeu – il a armé 8 aces, soit 3 de plus que son adversaire –, il se montrera intraitable en retour quand, parce qu’il fallait bien tenter quelque chose, jusqu’au diable en personne, Cilic a cru opportun de suivre chacune de ses premières balles au filet. Un changement qui se révélera vain, preuve que le Croate n’a jamais trouvé la tactique adéquate ni même son jeu, que l’on a connu autrement plus dévastateur. A l’US Open 2014 par exemple, le seul titre du Grand Chelem à son palmarès.


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