18.04.2017, 00:01  

Une future étoile révélée à Bienne

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Par Laurent Kleisl

Mai 1993. L’European Open de Lucerne vit son avant-dernière édition. Sur la terre battue alémanique, une gamine de 17 ans soulève le premier trophée WTA de sa carrière, une certaine Lindsay Davenport. En 2008, l’Américaine raccroche après avoir passé 98 semaines au sommet de la hiérarchie mondiale.

Avril 2017. Le Ladies Open de Bienne vit son édition inaugurale. A la Swiss Tennis Arena, une gamine de 17 ans soulève le premier trophée WTA d’une carrière à dessiner, une certaine Marketa Vondrousova, 233e mondiale. Peut-être le début d’un merveilleux roman, dont la première page s’est tournée dimanche par la grâce d’une finale de haut niveau, conquise 6-4 7-6 (8/6) face à l’Estonienne de 21 ans Anett Kontaveit (WTA 99). «C’est la plus grande victoire de ma carrière», sourit la gauchère, toute chamboulée.

Huit matches en neuf jours

Issue des qualifications, Marketa Vondrousova a mis un terme victorieux à un marathon de huit matches en neuf jours. Après Prague, en 2016, ce n’est que la deuxième fois qu’elle atteignait le tableau principal d’un tournoi WTA. Et sa présence dans le Seeland, elle ne la doit qu’à un coup de pouce des organisateurs, une sorte de prime au talent. «Mon classement ne me donnait même pas accès aux qualifications. Je n’y ai été admise qu’au bénéfice d’une wild-card», rappelle-t-elle. «En plus, je suis passée à deux doigts de perdre au premier tour des ‹qualifs›.» La gamine de Sokolov a souffert pendant 2h35 pour écarter la Française Tessah Andrianjafitrimo (WTA 269) 4-6 6-3 6-4. Le début d’une grande aventure.

«Nous avions quatre invitations à disposition pour les qualifications», explique Lukas Troxler, le directeur du tournoi. «Trois ont été offertes à des Suissesses. Pour la quatrième, je souhaitais donner une chance à un talent international.» Le Lucernois se renseigne alors auprès d’Octagon, propriétaire de la licence du tournoi. L’agence américaine de management sportif propose l’une de ses protégées, une gymnasienne de 17 ans qui ambitionne toujours de décrocher son bac en 2018.

Priorité au long terme

Briefée sur les qualités de la demoiselle, Lukas Troxler esquisse un plan: associer en double la Bâloise de 17 ans Rebeka Masarova, actuelle No 2 mondiale juniors, à sa contemporaine tchèque, ex-No 1 juniors. «Marketa et Rebeka ensemble, deux potentielles stars du circuit WTA, cela aurait été fantastique», observe-t-il. «En cas d’élimination d’entrée en qualifications le premier samedi, le double aurait permis à Marketa de rester à Bienne au moins jusqu’à mercredi.»

Avec des courts et des sparring-partners à disposition, l’hôtel à l’œil et un petit prize-money en sus. «Après réflexion avec son coach, elle a préféré renoncer à cette sécurité à court terme, pour privilégier le long terme en se focalisant sur le simple.» Il gesticule: «Et après, il y a ce parcours! C’est génial!»

Huit mois de pause

Cette maturité précoce, Marketa Vondrousova en a déjà eu besoin l’année dernière. Blessée au coude gauche peu avant l’été, elle a tiré un trait sur huit mois de compétition afin de se retaper. «J’en étais arrivée au point que je ne pouvais même plus servir», confie-t-elle. «J’ai fait beaucoup de fitness, ce qui m’aide aujourd’hui à bien mieux bouger.»

Entre des Suissesses sorties très tôt et des têtes de série qui n’ont pas assumé, la jeune dame a «sauvé» le Ladies Open. En finale, malgré son inexpérience, Marketa Vondrousova a écarté treize balles de break sur quatorze, puis sauvé deux balles de set dans le jeu décisif. «Quand j’étais menée 4-6 dans le tie-break et qu’Anett a mis la balle dans le filet, j’ai eu un peu de chance. Cela m’a rappelé que je devais uniquement me concentrer sur mon jeu», glisse-t-elle. Samedi, en demi-finales, elle n’avait pas laissé grand-chose à sa compatriote Barbora Strycova, 18e à la WTA et tête de série No 1 à Bienne, battue 7-6 (7/3) 6-2.

La première championne du Ladies Open de Bienne figure depuis hier matin à la 117e place mondiale. Ou les prémisses d’une nouvelle vie. «Quand je n’étais que 233e, mon but était de pouvoir participer aux qualifications d’un tournoi du Grand Chelem. Comme je suis maintenant certaine d’y être admise, cela change un peu mes plans», souffle-t-elle, presque gênée.

Hier, Marketa Vondrousova a mis le cap sur la Floride. Pas sot, le capitaine de l’équipe tchèque de Fed Cup Petr Pala l’a conviée à la demi-finale face aux Etats-Unis.

Une défaite anecdotique pour «MarTimi» en finale du double

«C’est notre deuxième tournoi ensemble et c’est la deuxième fois qu’on perd en finale.» Timea Bacsinszky a le mérite de la concision. Une défaite aux Jeux olympiques de Rio, une autre au Ladies Open de Bienne, le duo «MarTimi» serait-il maudit? Pas tant que ça. Dimanche, en finale du double, Martina Hingis et la Vaudoise sont tombées sur un os. «En double, Su-Wi Hsieh a été No1 mondiale et a remporté des tournois du Grand Chelem», rappelle la Saint-Galloise. Associée à la Chinoise Peng Shuai, la Taïwanaise a soulevé le trophée autant à Wimbledon en 2013 qu’à Roland-Garros en 2014.

A Bienne, elle formait la paire tête de série No 2 avec la Roumaine Monica Niculescu. «Une excellente paire, expérimentée, qui n’a rien lâché», souligne Martina Hingis. «Après tout, on ne perd la finale que pour quelques points.» Pour leur deuxième partenariat sur le circuit, Su-Wi Hsieh et Monica Niculescu se sont imposées 5-7 6-3 10/7 après 1h45 d’une partie relevée.

Une nouvelle finale perdue, et alors? «Une défaite, ce n’est jamais cool, mais je n’ai aucune envie de m’arrêter à ça», reprend Timea. «J’ai atteint mon objectif, qui était de disputer un maximum de matches, des matches sous tension. Cette semaine m’a beaucoup aidée, mais j’avoue qu’en finale, j’ai un peu ressenti la fatigue après un cycle de préparation physique. J’avais les jambes lourdes.» Martina enchaîne: «C’était magnifique de pouvoir un peu revivre l’ambiance olympique avec Timea. Nous avons passé une superbe semaine, surtout quand on se souvient où était encore Timea il y a un mois.»

TImea Rassurée Il y a un mois, la Lausannoise pestait contre une articulation douloureuse. Le Ladies Open lui a permis de la tester à satisfaction. «Je suis rassurée par rapport à mon poignet et à ma condition physique», indique-t-elle. «Avec Martina, on s’est entraîné une heure et demie à deux heures chaque jour avant les matches afin d’être au top pour la Fed Cup.» A Minsk, le week-end prochain, l’équipe du capitaine Heinz Günthardt jouera pour une place en finale. Une qualification constituerait une première depuis 1998. «Personnellement, je préfère perdre en finale à Bienne et gagner le double décisif dimanche prochain contre la Biélorussie!», avoue Timea.

Si le double fonctionne, le simple connaît des ratés, surtout du côté de la mystérieuse Belinda Bencic. Et pour ne rien arranger, le Ladies Open a permis à la qualifiée biélorusse Aliaksandra Sasnovich (WTA 108) de doper sa confiance en atteignant les demi-finales avec, au passage, un sec succès 6-1 6-4 au deuxième tour face à la Zurichoise Viktorija Golubic. «Sasnovich joue bien depuis un moment», note Timea Bacsinszky. «A Bienne, on a pu prendre des infos sur elle. Maintenant, il faudra voir comment elle gère la pression devant son public. Quant à nous, avec Martina, Belinda et Viktorija, nous avons construit une équipe. Nous nous tenons ensemble, nous jouons les unes pour les autres.»

Minsk pour oublier Bienne. Un beau programme. «C’est ce qui est bien avec le tennis: il y a toujours une semaine suivante pour passer à autre chose», conclut Martina Hingis. Radieuse et pétillante. Comme d’habitude.


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