19.06.2017, 00:01  

Débat ouvert sur l’aide aux non-malades

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Werner Kriesi (à gauche), ancien directeur d’Exit et Klaus Hotz veulent abolir «le pouvoir choquant des médecins» dans l’aide au suicide. Le comité d’Exit ne les suit pas sur ce point-là.

 19.06.2017, 00:01   Débat ouvert sur l’aide aux non-malades

Par Ariane Gigon

ASSISTANCE AU SUICIDE - Exit Suisse alémanique met en garde les «puristes» du droit à l’autodétermination la crainte d’aller trop loin et de mettre en péril le système actuel est au cœur des discussions.

L’association Exit alémanique s’apprête à passer un cap délicat face à certains de ses membres, jugés «puristes». Samedi à Zurich, lors d’une assemblée générale très animée, le comité a accepté de créer un groupe de travail sur l’accès de l’aide au suicide aux personnes âgées non malades, mais il a mis en garde: «Réfléchissons aux dangers d’une telle...

L’association Exit alémanique s’apprête à passer un cap délicat face à certains de ses membres, jugés «puristes». Samedi à Zurich, lors d’une assemblée générale très animée, le comité a accepté de créer un groupe de travail sur l’accès de l’aide au suicide aux personnes âgées non malades, mais il a mis en garde: «Réfléchissons aux dangers d’une telle proposition», a déclaré la présidente Saskia Frei.

La majorité des délégués s’étant exprimés était favorable à un accès de l’accompagnement au suicide même sans présence de maladie. Ils ont été chaleureusement applaudis.

Aujourd’hui, Exit accepte d’accompagner vers la mort les personnes qui le souhaitent à plusieurs conditions: le désir de mourir doit être constant et attesté par une tierce personne, la personne doit être capable de discernement et doit ingurgiter le produit elle-même, et les soins palliatifs lui ont été expliqués et proposés. Exit alémanique, tout comme son pendant romand, accepte aussi les requêtes de personnes souffrant de plusieurs maladies, non mortelles, mais diminuant fortement la qualité de vie, tandis que l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM), dans ses directives, pose l’existence d’une maladie en phase terminale comme condition à l’aide au suicide.

Eviter les suicides brutaux

Réunis autour de Werner Kriesi, ancien directeur d’Exit (1997-2007) et de Klaus Hotz, un groupe de membres, nommés «puristes» par le comité, veulent aller plus loin. Ils estiment que même des personnes âgées en bonne santé devraient avoir accès «de façon non bureaucratique» à la préparation létale. «L’actuel pouvoir des médecins est choquant», a déclaré Werner Kriesi.

Une oratrice a déclaré que «la vieillesse en bonne santé n’existe pas». Selon elle, tout le monde doit avoir le droit de décider de mourir n’importe où n’importe quand sans dépendre d’un médecin.

Werner Kriesi, 84 ans, est «convaincu que vieillir, dans la société actuelle, va devenir toujours plus difficile», déclare-t-il en interview. «L’entourage des proches et des amis se réduit et le monde moderne devient de plus en plus étranger. Je crains que le suicide des aînés n’augmente, car les promesses thérapeutiques contre les dépressions sont une illusion. Nous devons pouvoir offrir à ces personnes, qui ne voient plus aucune perspective et se sentent inutiles, une option qui empêche le suicide brutal.»

Directrice des accompagnants au suicide jusqu’à fin 2016, Heidi Vogt a demandé aux délégués de «bien réfléchir». Selon elle, «les personnes en bonne santé ne veulent pas mourir. Elles traversent souvent une crise quand un proche décède, mais, dans la majorité des cas, cela passe.»

Comptant également parmi les rares délégués sceptiques, Richard Wyrsch, ancien conseiller d’Etat schwytzois, a lui aussi mis en garde: «La population suisse est majoritairement favorable à l’aide au suicide», rappelle-t-il. «Mais un lobby très fort, composé de catholiques conservateurs, d’évangéliques et de médecins, désapprouve la situation très libérale de la Suisse dans ce domaine. Il pourrait se réveiller si nous allons trop loin.»

C’est également dans ce sens que la présidente Saskia Frei a conclu l’assemblée générale: «Ne mettons pas en péril le système très libéral que nous connaissons», a-t-elle recommandé. «L’ordonnance médicale pour la préparation mortelle restera obligatoire. Que nous le voulions ou non, le rôle du médecin est important. Il est préférable d’investir dans la formation continue de ces derniers.»

Nouvelle étude

Décidé l’an dernier, un paquet de projets, parmi lesquels l’information des médecins joue un rôle central, sera mis en place prochainement. Exit alémanique mènera aussi une étude de cas approfondie pour connaître les motifs principaux des personnes qui ont demandé une aide au suicide.

Quant au groupe de travail autour de Werner Kriesi et Klaus Hotz, il a une année pour formuler des propositions, qui seront débattues lors de la prochaine assemblée générale. D’ici là, le Programme national de recherche 67, «Fin de vie», aura livré ses conclusions (la présentation est prévue en novembre), des conclusions que l’ASSM intégrera dans la révision de ses directives


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