20.03.2017, 00:01  

Frédéric Favre éjecte Oskar Freysinger

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Par Thierry Jacolet

ÉLECTIONS CANTONALES - L’électorat valaisan a infligé hier un carton rouge à Oskar Freysinger. Le conseiller d’Etat UDC sortant doit céder sa place au candidat PLR Frédéric Favre.

«On est au Conseil d’Etat, on est, on est, on est au Conseil d’Etat…» Il était 14h46, hier, et le restaurant des Brasseurs moussait comme rarement. Les radicaux massés au fond de leur stamm sédunois évacuent les derniers doutes à grandes lampées de bières, entre deux chants: leur candidat Frédéric Favre vient de brûler la politesse à Oskar Freysinger dans les votes. Les résultats de Martigny sont tombés et l’homme au catogan avec.

Cinquième jusque-là, le conseiller d’Etat UDC sortant a vu fondre son avance de quelques milliers de voix au fil des minutes en ce début d’après-midi. Il ne reste alors que Sion, un fief radical qui enfoncera le clou: la «bête politique» Freysinger est expulsée du Conseil d’Etat par un néophyte. Un exploit pour celui qui était à 8000 voix de l’UDC au premier tour. Le compteur du Saviésan est bloqué à 42 520, tandis que Frédéric Favre recueille 44 644 voix.

Trio PDC dans le désordre

Le radical siégera dans un Conseil d’Etat de centre droit aux côtés des trois PDC qui caracolaient en tête au premier tour. Cette fois, c’est le même tiercé mais dans le désordre: le conseiller national Roberto Schmidt est le mieux élu (59 616 voix), devant le conseiller d’Etat sortant Jacques Melly (57 582 voix) et l’ancien président du PDC suisse Christophe Darbellay (54 338 voix). La candidate socialiste Esther Waeber-Kalbermatten conserve sa quatrième place avec 53 990 voix.

Si l’élection des démocrates-chrétiens était une formalité, tous les regards étaient braqués sur la lutte pour le cinquième ticket. Une affaire vite réglée. Oskar Freysinger avait beau devancer de quelque 3000 voix, Frédéric Favre en début d’après-midi, Frédéric Desmeules, co-président de l’UDC Valais romand, sortait déjà les mouchoirs devant son stamm. «C’est cuit car le vote des grandes villes n’est pas encore arrivé.» Et le responsable de dénoncer les appels du PDC – entre deux tours – à voter PLR. «Darbellay et consorts vont diriger le canton avec des gens qui ne dérangent pas. La politique de carnotzet a été payante.» A ses yeux, c’est davantage le personnage que le conseiller d’Etat qui est sanctionné par le vote. «Nous avons aussi souffert d’affaires montées en épingle qui n’avaient aucun rapport avec le travail efficace d’Oskar Freysinger a fait au gouvernement cantonal.» Le «Freyxit»? A un jet de pierre de là, Barbara Lanthemann, présidente du PS Valais romand, s’en frotte les mains. «On se rappellera des deux bonnes nouvelles du jour: nous avons conservé notre siège et Freysinger est éjecté.» Seul bémol: Stéphane Rossinxi n’a pas fait le poids dans la course à la cinquième place. Là aussi, l’appel du pied du PDC est resté en travers de la gorge de la présidente du parti. «Darbellay ne voulait pas avoir Rossini au gouvernement car il ne se laisse pas faire. Favre est plus malléable.»

Vingt minutes plus tard, à 50 mètres de là, au quartier général du PDC, les regards sont rivés sur les ordinateurs qui affichent les classements en temps réel. Il est 14h et Frédéric Favre est en pleine «remontada». «Il ne reste que 1300 voix de différence», applaudit un démocrate-chrétien.

Freysinger invisible

Dans les locaux des radicaux, c’est l’effervescence. 14h45: Favre suce la roue de Freysinger, à 300 voix près, avant de passer l’épaule. «Freysinger a explosé, il ne reste plus que l’élastique», décoche un militant. Entre deux gorgées, Philippe Nantermod, conseiller national PLR, jubile: «C’est extraordinaire. Nous étions au fond du trou il y a quatre ans avec la perte de notre siège au Conseil d’Etat. Et là, il y a eu une grosse mobilisation au sein du parti. Ce vote du 2e tour était un choix de société: soit on continuait avec un UDC, soit avec deux socialistes, soit on voulait un gouvernement d’équilibre et d’apaisement.»

Retour devant le café du Sillon, le stamm UDC épié par une armée de caméras et d’appareils de photos. Viendra, viendra pas? «Freysinger ne veut pas être livré aux chacals», glisse un partisan qui pointe du doigt la presse, accusée de mener une campagne anti-UDC. Les militants du parti se contenteront de voir passer les candidats du 2e tour devant leur terrasse. A commencer par le socialiste Stéphane Rossini, une autre pointure politique qui mord la poussière avec 40 429 voix. «Un Conseil d’Etat à deux socialistes est un tabou en Valais. Le PDC a décidé qui il voulait au gouvernement. Ce mot d’ordre a été une réalité contre laquelle nous n’avons pas pu lutter. Dans le Haut-Valais Frédéric Favre passe de 1000 à plus de 7000 voix entre le 1er et le 2e tour», concède le socialiste, qui avoue en avoir fini avec la politique.

Au contraire de Frédéric Favre qui vient de se lancer dans le bain. En route pour la traditionnelle photo de famille du Conseil d’Etat, il avouera être «confiant car les gens m’ont élu. Je mets beaucoup d’espoir dans une vraie collégialité».

Christophe Darbellay appuiera: «J’ai lancé plus qu’un appel, pour que nous ayons un gouvernement fort et apaisé et qui soit plus représentatif de la population valaisanne.» Quoique le PDC comptera trois conseillers d’Etat sur cinq, alors qu’il ne pèse que 40% de l’électorat du canton...


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