21.04.2017, 00:01  

Le PS choisit ses chiffres

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Le matériel de vote fourni aux membres socialistes par le Parti omet de préciser certaines informations concernant la Prévoyance vieillesse.
Par philippe boeglin

RETRAITES - Le parti va au devant un vote interne... et tait certaines informations.

Le Parti socialiste (PS) joue gros sur la réforme des rentes «Prévoyance vieillesse 2020», en votation populaire le 24 septembre. L’enjeu est de taille, le parti déchiré. Une échéance décisive se profile: le vote général interne, qui se clôt le 29 avril.

Favorables au texte lancé par «leur» conseiller fédéral Alain Berset, les dirigeants et délégués socialistes espèrent une approbation...

Le Parti socialiste (PS) joue gros sur la réforme des rentes «Prévoyance vieillesse 2020», en votation populaire le 24 septembre. L’enjeu est de taille, le parti déchiré. Une échéance décisive se profile: le vote général interne, qui se clôt le 29 avril.

Favorables au texte lancé par «leur» conseiller fédéral Alain Berset, les dirigeants et délégués socialistes espèrent une approbation claire et nette. Pour aider les membres à se prononcer, une documentation explicative a été établie. Mais, constat: elle tait certains chiffres.

Informations manquantes

En cause, le tableau présentant les améliorations de rente qu’apporterait la réforme. Tous les chiffres sont loin d’y être représentés, si on le compare aux informations de l’Office fédéral des assurances sociales (Ofas).

Le Parti socialiste suisse se contente d’afficher les variations de revenu des femmes. Qui sont clairement plus positives que celles des hommes. Logique: les salariées devront cotiser un an de plus, jusqu’à 65 et non plus 64 ans, si le peuple accepte la réforme. Problème: à aucun moment, il n’est spécifié que le schéma ne se rapporte qu’aux femmes. Il en ressort la certitude que tous les chiffres concernent les deux genres.

Entre les deux, les écarts sont pourtant marqués. L’Office fédéral des assurances sociales a réservé un inventaire pour les femmes et un autre pour les hommes, confirme son service de presse.

Le PS prend l’exemple d’une travailleuse de 24 ans gagnant 70 000 francs bruts par an. Si Prévoyance vieillesse 2020 passait dans les urnes, elle se verrait gratifiée de 1225 francs supplémentaires à la retraite. Mais ce que les socialistes ne disent pas, c’est qu’un homme du même âge et touchant une rémunération identique empocherait un «bonus» réduit de moitié, de 671 francs. Plus loin, une salariée de 44 ans avec 70 000 francs bénéficierait de 573 francs de plus. Leurs contemporains masculins en resteraient à… 18 francs.

Catégories ignorées

Chef de projet au Secrétariat général du PS Suisse, Gaël Bourgeois reconnaît un impair. «Nous aurions dû indiquer que les chiffres ne se référaient qu’aux femmes.» Mais il contre-attaque.

«Nous ne sommes pas l’Office fédéral des assurances sociales et ne pouvons pas consacrer, comme eux, quatre pages à ces chiffres dans notre fascicule de dix pages.»

Le Parti socialiste suisse ignore d’autres catégories de revenu. Ainsi celle qui se situe à 84 600 francs. Là, par deux fois, les messieurs ne gagnent rien dans la réforme. Bien au contraire. Les salariés de 39 ans perdraient 182 francs par an. Ceux de 44 ans égareraient, eux, 478 francs. Gaël Bourgeois tient bon. «Nous avons finalement convenu de ne pas dépasser la barre des 70000 francs, car la majorité de la population se trouve en dessous.»

A l’interne, le document ne récolte pas que des compliments. Loin de là. Vice-président de la section neuchâteloise du Parti socialiste, Antoine de Montmollin relève que le «matériel de vote a été établi par le PS Suisse, favorable à la réforme», et que «cela pose des questions sur sa partialité».

Le député au Grand Conseil neuchâtelois ne cache pas sa déception. «Je suis choqué par le manque de place accordé aux arguments des opposants membres du parti.» Et Antoine de Montmollin de souligner que la section neuchâteloise est «très partagée».

Dissidents sanctionnés

La communication sélective du PS Suisse à l’attention de ses quelque 31 000 membres reflète la tension entourant la réforme Prévoyance vieillesse 2020. Au parlement, le paquet n’était passé que d’un cheveu, à une voix près.

La révision entérine la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, ainsi que la baisse du taux de conversion des avoirs du deuxième pilier de 6,8 à 6%. En guise de compensation, l’alliance réunissant principalement le PS et le PDC veut relever les rentes AVS (1er pilier) de 70 francs mensuels par personne.

Ce n’est pas suffisant pour l’aile gauche du PS et certaines sections syndicales, surtout romandes. Le journal «Le Temps» dévoilait d’ailleurs récemment que les dissidents s’exposaient à des sanctions. Dans ce contexte, les chiffres fournis à ses membres par la formation à la rose soulèvent des questions. Contacté, le président du Parti, Christian Levrat, se montre peu loquace. Il se borne à renvoyer au secrétariat général.


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