17.07.2017, 00:01  

Roms, une reconnaissance difficile

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Les Roms détenteurs d’un passeport à croix blanche seraient environ 30000 en Suisse.
Par Valérie Favez

COMMUNAUTÉ - Pas si simple de faire reconnaître une minorité nationale.

En Suisse, il y aurait environ 30 000 Roms détenteurs d’un passeport helvétique. La Rroma Foundation veut les faire reconnaître comme une minorité nationale. Mais il n’est pas si simple de prouver l’existence d’une communauté encore trop souvent stigmatisée.

La Suisse a ratifié en 1998 la convention-cadre du Conseil de...

En Suisse, il y aurait environ 30 000 Roms détenteurs d’un passeport helvétique. La Rroma Foundation veut les faire reconnaître comme une minorité nationale. Mais il n’est pas si simple de prouver l’existence d’une communauté encore trop souvent stigmatisée.

La Suisse a ratifié en 1998 la convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la protection des minorités nationales. Elle reconnaît déjà les Yéniches et les Sinti ainsi que la communauté juive. Mais pas les Roms. Ceux-ci ont déposé une requête en ce sens en 2015.

C’est la première fois qu’une demande de reconnaissance est soumise à la Suisse, les autres communautés ayant reçu d’office ce statut en 1998. La Confédération qui étudie le dossier a posé toute une série de conditions, dont notamment celle d’être de nationalité suisse et d’avoir entretenu des liens profonds avec la Suisse remontant au moins à la fin du 19e siècle.

Le spectre de la discrimination

«Ces conditions sont impossibles à remplir», s’insurge Stéphane Laederich, président de la Rroma Foundation. La présence des Roms en Suisse est attestée dans des documents officiels remontant à 1418. Mais les Roms étaient interdits d’entrée en Suisse jusqu’en 1972. «Comment prouver une histoire commune sans se mettre hors la loi», souligne le Franco-Suisse, rom par sa mère venue des pays baltes à la révolution russe.

Quant à la nationalité, c’est aussi un critère délicat à démontrer. La fondation a lancé une étude auprès de 1500 membres de la communauté. Elle n’avait pas pour but de recenser les Roms en Suisse, mais visait à casser les stéréotypes qui leur collent encore à la peau, tels la mendicité ou la prostitution. Le questionnaire abordait la famille, l’école fréquentée par les enfants, le travail ou le type de logement. «Malheureusement, seules 150 personnes ont accepté de répondre. Nous avons sous-estimé la réticence des Roms de Suisse à se dévoiler», regrette Stéphane Laederich. Car pour lui, il est clair que les gens n’ont pas envie d’être catalogués rom même si le questionnaire garantissait l’anonymat. «Les gens pratiquent leur culture en famille mais pas à l’extérieur.»

Une question politique

Entre 80 000 et 100 000 Roms vivent en Suisse, dont 30 à 40% seraient de nationalité helvétique, selon la Rroma Foundation. En exigeant des preuves tangibles de cette population suisse, la Confédération applique des critères bien plus sévères que pour les Yéniches et Sinti.

Pour Stéphane Laederich, la Suisse ne veut pas reconnaître les Roms comme minorité nationale. «C’est politique.» Une position partagée par la Société pour les peuples menacés (SPM).

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) réfute toute discrimination à l’égard des Roms. Il rappelle que contrairement aux Yéniches et Sinti, les organisations roms se sont préoccupées tardivement de ce problème. Et que des liens avaient été tissés de longue date avec les minorités reconnues, la «Coopérative de la roue de la grande-route», faîtière des Yéniches, ayant été fondée en 1975 déjà.

Pour l’heure, la Confédération s’en tient à une position attentiste. Dans sa réponse à l’intervention parlementaire de Barbara Gysi (PS/SG), elle estime qu’elle ne dispose pas encore de «toutes les informations nécessaires pour pouvoir apprécier objectivement la situation».

La SPM a demandé un entretien au chef du Département fédéral de l’intérieur, Alain Berset, mais le département renvoie à l’examen en cours au DFAE. «Les résultats de la procédure devraient vraisemblablement être disponibles à la fin de l’année», avance le DFI.

Appenzell AI contre, Soleure pour

Cantons et villes ont déjà été consultés sur la question. Sur les quinze cantons qui se sont exprimés, un, Appenzell Rhodes-Intérieures, s’oppose à la reconnaissance et un, Soleure, l’appuie sans réserve. Les autres préfèrent attendre que les Roms de Suisse fournissent les informations exigées, indique le dernier rapport de la Suisse sur la mise en œuvre de la convention du Conseil de l’Europe.

Les Roms sont déjà reconnus comme minorité nationale en Autriche et en Allemagne, selon Angela Mattli, de la SPM. Et la «Coopérative de la roue de la grande-route» soutient la démarche.

Une reconnaissance des Roms permettrait de mieux lutter contre les discriminations dont ils font l’objet dans leur vie quotidienne et dans les médias. Elle offrirait aussi un moyen d’encourager la culture et la langue du romané et de sensibiliser le public à l’histoire de cette communauté. A noter que la Confédération soutient déjà plusieurs initiatives en ce sens. ats

Des particularités

Roms, Yéniches, Sinti ou Gitans sont souvent mis dans le même sac, sous l’appellation «gens du voyage». Et pourtant chacune de ces communautés a ses particularités que ce soit pour la langue ou les pays où elles se sont établies. ROMS: Estimés à environ 80 000-100 000 en Suisse, ils sont en majorité sédentaires. Chaque été, environ 400-500 caravanes viennent en Suisse de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne, soit pour travailler, soit pour se réunir. Les plus grandes populations vivent en Roumanie, en Hongrie et en Bulgarie. La langue, le romané, a une étroite parenté avec le sanskrit. Quelque 60% des Roms parlent encore cet idiome. Ils sont estimés aujourd’hui entre 8 et 10 millions dans le monde, dont 98% sont sédentaires.

YÉNICHES: 30 000 vivent en Suisse dont 2000 à 3000 sont des gens du voyage. Ils sont également présents en Allemagne, en Autriche et en Alsace. Au total, cette communauté serait évaluée à environ 500 000 personnes en Europe. Leur langue, le yéniche, a une base allemande mélangée à de l’hébreu, du yiddish et du romané. Ils constituent un groupe ethnique autochtone en soi.

SINTI (en allemand) ou MANOUCHES (en français): Evalués à quelques centaines en Suisse, ils sont un sous-groupe des Roms, établi depuis le 15e siècle en Europe centrale et de l’ouest. Les Sinti sont identifiés comme tels depuis le 18e siècle. Une partie se considère désormais comme une minorité à part entière. Ils parlent le romané. Ils ont fortement influencé la culture du flamenco.

GITANs Majoritairement sédentaires, ils résident principalement dans la péninsule ibérique et dans le sud de la France. Ils s’expriment en espagnol et en catalan tout en conservant des termes du romané.


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