17.06.2017, 00:01  

Schneider-Ammann mord la poussière

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Dès qu’une branche sera touchée d’un taux de chômage de plus de 5%, la préférence nationale s’appliquera.
Par Philippe Boeglin

IMMIGRATION - La préférence indigène s’activera dès 5% de chômage, et non 8% comme l’aurait voulu le conseiller fédéral en charge de l’économie. C’est un succès pour Simonetta Sommaruga.

Le Conseil fédéral a bel et bien pris une décision liée à l’Europe hier… mais pas celle qui était attendue. Rien n’a été dit sur l’accord-cadre institutionnel avec l’UE. En lieu et place, c’est la mise en œuvre de l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» qui s’est invitée. Avec, en arrière-fond, une victoire pour la ministre de la Justice,...

Le Conseil fédéral a bel et bien pris une décision liée à l’Europe hier… mais pas celle qui était attendue. Rien n’a été dit sur l’accord-cadre institutionnel avec l’UE. En lieu et place, c’est la mise en œuvre de l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» qui s’est invitée. Avec, en arrière-fond, une victoire pour la ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, sur celui de l’Economie, Johann Schneider-Ammann.

Ebauchant les ordonnances concernées, le gouvernement a choisi la solution de la socialiste: dès qu’une profession sera touchée, au niveau national, d’un taux de chômage de 5% ou plus, la préférence indigène se mettra en branle. Concrètement, pour favoriser les chômeurs résidant en Suisse, les employeurs seront tenus d’annoncer les postes vacants aux Offices régionaux de placement (ORP), puis d’inviter quelques candidats.

Un travail d’équilibre

En optant pour ce seuil de déclenchement, le Conseil fédéral offre un succès à Simonetta Sommaruga. La Bernoise luttait contre son compatriote cantonal, le libéral-radical Johann Schneider-Ammann, qui préférait un plancher de 8% de chômage.

Pas assez, pour la majorité du collège gouvernemental. «L’idée est d’arriver à une mise en œuvre qui ait quand même des dents, tout en maintenant un équilibre entre la préférence indigène et les besoins de l’économie», justifie-t-on dans l’entourage du Conseil fédéral.

Il n’est pas exclu que le Département fédéral de l’économie ait senti ces derniers jours que le vent tournait défavorablement. Selon nos informations, les services du ministre Schneider-Ammann ont tenté d’aboutir à une alternative. Ils planchaient sur une formule mathématique permettant d’ajuster avec souplesse le seuil d’activation de la préférence indigène.

Las, le Conseil fédéral n’a pas suivi. Il se réserve cependant la possibilité de «revoir annuellement le seuil déterminant en fonction de l’évolution de la situation sur le marché du travail», écrit-il dans son communiqué.

«Mise en œuvre raisonnable»

Autre signe de flexibilité, les engagements temporaires ne seront pas soumis à l’obligation d’annoncer les postes libres. Reste à fixer la durée; le gouvernement hésite entre deux semaines et un mois. Dans le même ordre d’idées, le recrutement de membres de la famille, ou celui d’un apprenti ayant fini sa formation, pourront s’effectuer sans passage par l’ORP.

Au sein du parti de Johann Schneider-Ammann, pas l’ombre d’une levée de boucliers contre la variante concoctée par Simonetta Sommaruga. «Cette application est assez stricte et j’aurais préféré un seuil de 8% de chômage. Mais je ne suis pas catastrophé, ce choix est compréhensible», réagit le Valaisan Philippe Nantermod, vice-président du PLR.

Le président socialiste Christian Levrat (FR) salue «une mise en œuvre raisonnable», et appelle à «donner la priorité aux salariés résidents, en particulier aux plus âgés. Les employeurs doivent enfin assumer leurs responsabilités».

Quid des cantons à fort chômage?

A l’inverse, l’UDC monte aux barricades par la voix du conseiller national Jean-Luc Addor (VS). «Ce seuil de 5% reste clairement plus élevé que le chômage moyen (aux alentours de 3,5%), ce qui donne une nouvelle preuve de la non-application du vote populaire du 9février2014. Si les conditions ne sont jamais réunies pour une activation de la préférence indigène, il n’y a aucun effet pratique. C’est de l’enfumage!»

Une autre mesure du projet d’ordonnance devrait courroucer l’UDC. Le Conseil fédéral prévoit que les réfugiés reconnus soient annoncés au service public de l’emploi, pour «favoriser leur intégration rapide et durable».

Et qu’en est-il des cantons frappés, dans l’ensemble de leurs professions, par un chômage supérieur à la moyenne? La préférence indigène pourra s’y appliquer également. Mais il faudra que l’Exécutif cantonal en fasse la demande à la Confédération. Sans automatisme. Pas sûr que certaines régions frontalières apprécient.


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