Neuchâtel Xamax FCS
 20.04.2017, 00:01  

Les limousines en gage de Chagaev

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 20.04.2017, 00:01   Les limousines en gage de Chagaev

NEUCHÂTEL XAMAX - Deux véhicules de l’ancien président toujours sous séquestre.

Prononcée en 2012, la faillite de Neuchâtel Xamax SA a laissé de nombreux créanciers sur le carreau. Ce ne devrait pas être le cas de la justice neuchâteloise (des contribuables, donc), qui, pour assurer ses arrières, avait décidé la séquestration des deux berlines de luxe de Bulat Chagaev. Le très polémique président du club jusqu’à ce qu’il périclite...

Prononcée en 2012, la faillite de Neuchâtel Xamax SA a laissé de nombreux créanciers sur le carreau. Ce ne devrait pas être le cas de la justice neuchâteloise (des contribuables, donc), qui, pour assurer ses arrières, avait décidé la séquestration des deux berlines de luxe de Bulat Chagaev. Le très polémique président du club jusqu’à ce qu’il périclite possédait une Mercedes 300 (quelque 70 000 francs valeur à neuf) de 2011 et une fastueuse Bentley Mulsanne de 6,8 litres de cylindrée (400 000 à 450 000 francs prix à neuf, en fonction des options), de 2010.

Cinq ans après la déconfiture financière de Xamax, les deux véhicules sont toujours enfermés dans des locaux propriété de l’Etat de Neuchâtel. Enfin presque: objet de valeur, la Bentley est jalousement gardée chez un dépositaire privé. Ce garagiste ne veut pas se faire connaître et refuse tout net qu’un photographe pénètre dans ses bâtiments, de peur que quelqu’un reconnaisse ses locaux.

Lors du jugement en première instance, le tribunal avait fixé à 40 000 francs la part des frais de procédure à supporter par Bulat Chagaev. Une somme qui pourrait augmenter de façon vertigineuse si l’ancien président des «rouge et noir» succombe aux nouvelles procédures qu’il intente (lire ci-contre). Evidemment, au fil des ans, les deux voitures perdent de leur valeur. Mais il reste de la marge... La Mercedes vaut, aujourd’hui, dans les 30 000 à 35 000 francs; quant à la Bentley, elle pourrait valoir entre 130 000 et 150 000, avance Patrick Mottier, d’Autocapital, un garage à Hauterive spécialisé dans les voitures de prestige. «Sous réserve de l’état et du suivi technique des véhicules», précise le spécialiste.

Bentley aux petits soins

La Mercedes est livrée à elle-même; elle n’est pas entretenue. Si bien qu’elle ne coûte à l’Etat que le prix de la location de la place de garage (quelque 180 francs par mois). Ce n’est pas le cas de la Bentley, qui bénéficie d’un traitement spécial depuis qu’elle a été saisie. «Vu sa valeur, la police a passé un contrat de maintenance avec le dépositaire», explique Dario Moro. Le responsable des garages de l’Etat précise qu’il s’agit, pour que ce véhicule ne perde pas trop de sa valeur, de faire tourner régulièrement sa mécanique. Mais pas que ça: «La voiture est sous bâche. Une fois par mois, elle doit être mise en marche et roule quelques mètres pour éviter les dégâts d’entreposage, comme un plat sur les pneus. Il faut aussi s’assurer qu’il n’y a pas de fuites d’huile, car les joints notamment pourraient sécher.»

A la tête d’un parc automobile d’un millier d’unités (remorques et bateaux compris) appartenant à l’Etat de Neuchâtel, Dario Moro gère aussi les véhicules séquestrés par la justice pénale – 63 voitures à ce jour, dont des Porsche et des BMW, par exemple. Mais il admet qu’il se passerait bien de la Bentley de Bulat Chagaev. «Elle coûte plus cher à l’Etat qu’une autre, et je ne sais pas qui serait intéressé à acheter ce genre de voiture d’occasion. Peut-être sera-t-elle exportée au Moyen-Orient...»

Un procès à reprendre ou à refaire

Condamné en première instance à trois ans de peine privative de liberté, dont la moitié avec sursis, Bulat Chagaev a contesté le jugement rendu en décembre dernier par le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers. L’ancien président plénipotentiaire de Neuchâtel Xamax ne se limite pas à contester l’entier de la sentence ainsi que les conclusions civiles: il estime avoir été jugé par défaut, à tort!

Dès lors qu’il ne s’est pas présenté à la deuxième audience de son procès – son sauf-conduit qui l’assurait de pouvoir repartir tranquillement chez lui n’était valable que pour la première audience – Bulat Chagaev conclut que l’audience aurait dû être renvoyée. Bulat Chagaev dit qu’il n’avait pas renoncé à comparaître: son absence était due, selon lui, aux démarches qu’il devait faire pour rembourser les lésés (ce qu’il n’a pas encore fait à ce jour).

Son procès en appel est fixé au 17 mai. Une deuxième audience est d’ores et déjà prévue le 25 septembre. Lors de ce premier rendez-vous, le Tribunal cantonal devra vraisemblablement soupeser l’argumentaire de Bulat Chagaev.

Là, soit la cour d’appel entre dans les considérations du Tchétchène et elle n’aurait alors d’autre choix que d’annuler le jugement et de renvoyer la cause devant le Tribunal criminel pour un nouveau jugement. Soit – comme le soutient le Ministère public – le Tribunal cantonal conclut que Bulat Chagaev s’est lui-même mis dans l’incapacité de participer aux débats. «Il est évident que la présence de M. Chagaev à la deuxième audience n’aurait rien changé à l’issue de la cause», manifeste le procureur général Pierre Aubert. S’il est suivi, la Cour d’appel pourrait entrer en matière sur le fond et statuer sur la culpabilité de Bulat Chagaev et sur le sort de ses limousines de luxe.

Saga de la faillite

Mai 2011: Prise de pouvoir Bulat Chagaev achète Neuchâtel Xamax. Il impose ses méthodes pour en faire un club qui doit conquérir l’Europe.

26 janvier 2012: Faillite En conflit avec toutes les personnes qui ne lui sont pas soumises (Swiss Football League comprise), le boss tchétchène met le club en liquidation.

Du 26 janvier au 25 mai: Prison Prévenu de gestions fautive et déloyale, détournement de l’impôt, tentative d’escroquerie et faux dans les titres, Bulat Chagaev passe 121 jours en détention préventive. Il est assigné à résidence puis expulsé de Suisse.

1er décembre 2016: condamnation Le Tribunal criminel le condamne à trois ans de privation de liberté, dont la moitié avec sursis.

Fin 2016: l’Appel L’avocat de l’homme d’affaires dépose un recours contre ce jugement. Bulat Chagaev estime qu’il n’aurait pas dû être jugé car il n’a pas participé à la deuxième audience de son procès.


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